Parmi les ténors, Ivan Kozlowski, le premier au disque et en russe, s’appropria le Poème de l’amour et de la mer. Steve Davislim en offrit une lecture aussi artiste rendant les mots premiers des vers de Maurice Bouchor. Edgaras Montvidas, de son haut ténor clair où passe comme un double du timbre mozartien d’Eric Tappy va plus loin qu’eux encore, dans la suggestion, la nostalgie désespérée, l’illusion lyrique, merveille absolue qui enfin peut faire pleine concurrence aux mezzos, Irma Kolassi, Janet Baker, Nedda Casei, et même aux frémissements délicieux de Victoria de los Ángeles, qui chante au même diapason qu’Edgaras Montvidas.
Tant de poésie et d’élan, un si beau français façon Pelléas, trouve des échos subtils dans les couleurs estompées, la ductilité des lacis harmoniques des Lithuaniens, menés avec une attention millimétrée par Modestas Pitrėnas.
Ils seront tout aussi accordés aux visions, aux rêves suspendus (Gracieux fils de Pan !), aux fulgurances et aux libations un peu amères des poèmes de Rimbaud. Magnifique vision de ces Illuminations distillées ou fouettées par cette voix longue, timbrée, subtile. On ne regrette en aucun cas les ténors britanniques dont tant touchèrent ici au sublime, mais jamais dans un si beau français qui enchante l’apostille de cet album touchant, l’Extase hugolienne portée par la harpe de Camille Saint-Saëns.
LE DISQUE DU JOUR
Ernest Chausson (1855-1899)
Poème de l’amour et de la mer, Op. 19*
Benjamin Britten (1913-1976)
Les Illuminations, Op. 18
Camille Saint-Saëns
(1835-1921)
Extase
Edgaras Montvidas, ténor
*Lithuanian National
Symphony Orchestra
Lithuanian Chamber Orchestra
Modestas Pitrėnas, direction
Un album du label Accentus Music ACC30677
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Photo à la une : le ténor Edgaras Montvidas – Photo : © Dmitrij Matvejev