ATS avait publié confidentiellement, et pour le seul marché japonais, ces captations du 29 septembre et du 1er octobre 1962. Karl Böhm y délivrait une lecture éminent lyrique de la 4e Symphonie de Johannes Brahms, tout un automne qu’il retrouvera dans sa tardive intégrale avec les Wiener Philharmoniker pour Deutsche Grammophon.
Le cadre est déjà posé ici, tempos médians mais fluides, geste mesuré mais sensible, cette Quatrième ne sera pas l’incendie, le point de non-retour que tant auront célébré, mais comme une extension du lyrisme de la Deuxième Symphonie.
Böhm fait rayonner le RIAS, alors en train de perdre Ferenc Fricsay, rongé par son cancer. Est-ce une des raisons de tant de nostalgie ? Il expose avec un art souverain des transitions la virtuosité polyphonique que Brahms déploie dans chacun des mouvements, mais dont le Finale magnifie la complexité : chaque voix parle et chante sous cette baguette économe, rien jamais ne proclame inutilement.
La même fluidité, le même son clair sauve Mort et Transfiguration de tout expressionisme, Karl Böhm soulignant dans le grand crescendo une violence quasi-bergienne. Il entend ici d’abord le modernisme d’une partition trop souvent vue sous le seul angle du post-romantisme.
Report somptueux, livret soigné, bel objet.
LE DISQUE DU JOUR
Karl Böhm
The Unrealeased Berlin Recordings 1962
Johannes Brahms (1833-1897)
Symphonie No. 4 en mi mineur, Op. 98
Richard Strauss (1864-1949)
Tod und Verklärung, Op. 24, TrV 158
Radio Symphonie-Orchester Berlin
Karl Böhm, direction
Enregistré à la Saal 1, RBB, Berlin, le 29 septembre 1962 et le 1er octobre 1962
Un album du label The Lost Recordings TLR-2403051
Acheter l’album sur le site du label The Lost Recordings
Photo à la une : le chef d’orchestre Karl Böhm – Photo : © DR