Préférence Schubert

L’essence de Schubert ? C’est ainsi qu’Eric Lu entend les deux cahiers d’Impromptus. Il a avoué ses affinités électives avec l’auteur du Pâtre sur le rocher, et déjà dans l’Opus 90 (voir ici) qu’il fréquente depuis ses premiers concerts. Graver les deux cycles après un disque de Sonates remarqué (voir ici) était donc logique alors qu’il n’avait pas encore remporté le Concours Chopin.

Un bémol. Sa maîtrise du temps lui commande une sorte de distance qui rend son approche sévère : on est comme à revers des emballements et des raffinements d’Edwin Fischer, autre époque et surtout autre piano.

Une fois acclimaté à cette manière, les beautés abondent – l’impromptu à variations ! – et le discours souvent secret – l’Impromptu en fa mineur – se colore d’intentions qui pourraient être celles d’un liedersänger. L’effeuillage tendre et pourtant désespéré de l’Impromptu en la bémol majeur, moment suspendu, restera probablement impérissable jusque dans sa volonté d’intimité, même pour l’appel des accords. Pris vif, l’Allegro scherzando met un peu de temps à gagner son furioso, revers d’un contrôle fanatique qui prive la coda de folie. Il ne faut pas réécouter Edwin Fischer ! Pourtant impossible de ne pas admirer.

Vous l’aurez remarqué, je n’ai disserté ici que du Second Cahier ; rien n’a bougé pour le Premier depuis la captation des épreuves du concours en Allemagne de 2017 éditées chez Genuin, cette constance mérite d’être soulignée.

LE DISQUE DU JOUR

Franz Schubert (1797-1828)
4 Impromptus, D. 899
4 Impromptus, D. 935

Eric Lu, piano

Un album du label Warner Classics 5021732869319
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Photo à la une : le pianiste Eric Lu – Photo : © Benjamin Ealovega (2019)