Ne cherchez pas Falstaff, Vasily Petrenko dissimule savamment sa silhouette sous une lecture attentiste, et pour tout dire décousue. Si l’on ne voit pas la trogne, on perd surtout l’humour du Chevalier qu’Elgar a griffé dans son orchestre.
Direction donc Rachmaninoff. La pureté esthétique du geste de Vasily Petrenko est comme la négation de l’expressionisme qu’y osait ses aînés russes, Kondrachine, Svetlanov, pour ne pas remonter à Niebolssine ou Siméonoff, mais quelle beauté dans l’entrain léger des Cloches d’argent, avec un ténor qui promet beaucoup mais tiens moins, quelle délicatesse emplie de sfumatos pour enchâsser les longues phrases de la soprano que le chœur – parfait – vient enlacer.
Hélas, le tocsin est bien mesuré, pas du tôt presto, le feu couve plutôt qu’il éclate, mais à mesure Vasily Petrenko tend la ligne jusqu’à l’implosion.
La bascule vers l’éther vespéral où va résonner le glas est vertigineuse, l’orchestre et le chœur y déploient des subtilités hélas dépareillées par le chant vibré d’un baryton auquel manque d’abord la noirceur du timbre, l’amertume des mots, mais pour les beautés distillées par Vasily Petrenko, la version doit être connue avant de revenir à l’espressivo des anciens, aux sombres splendeurs du Concertgebouw et de Vladimir Ashkenazy.
LE DISQUE DU JOUR
Sergei Rachmaninoff
(1873-1943)
Les Cloches, Op. 35
Sir Edward Elgar (1857-1934)
Falstaff, Op. 68
Mirjam Mesak, soprano
Pavel Petrov, ténor
Andrii Kymach, baryton
Philharmonia Chorus
Royal Philharmonic Orchestra
Vasily Petrenko, direction
Un album du label harmonia mundi HMM 902788
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Photo à la une : le chef d’orchestre Vasily Petrenko –
Photo : © Svetlana Tarlova