À l’opposé absolu, le brasier méphitique de la 4e Symphonie et l’espace de rédemption (politique) de la 5e symphonie, le modernisme délétère contre les vertus d’un retour aux normes. Mais d’abord quelles normes ?
Ouvrant son intégrale des quinze Symphonies en mettant en regard les No. 4 et No. 5, Alain Altinoglu et ses Francfortois refusent l’apparent hiatus. La coda de la Cinquième refuse tout triomphalisme, mais l’entre chien et loup du Moderato et du Largo, la course sans direction de l’Allegretto créent un vertige émotionnel qui n’a rien de formaliste.
Pourtant le chef-d’œuvre des deux est évidemment la Quatrième, symphonie-monde dont les parties secrètes sont aussi profondes que l’univers des Quatuors, les recherches sonores aussi osées que celles des ouvrages de jeunesse, ses cinq sections refusant le plan classique.
Alain Altinoglu lance le Presto dans une course folle, comme un monde qui roule à sa perte, sa mitraillette citant celle de la Cantate « Octobre » de Prokofiev enfin clairement identifiée, ce qui ne s’était plus entendu depuis la proposition de Kirill Kondrachine, tout comme le monstre qui surgira des accords successifs.
Le rideau sur un spectacle d’horreur, Alain Altinoglu l’ouvre en grand, révélant le sous-texte d’une partition d’abord fascinante par ses lacis sonores avant même que par sa grammaire : le Largo si désolé, quel moment étrange, et l’allégement relatif des dernières pages du Finale, soudain pimentées d’un peu d’ironie, comme cela est bien vu !
Vite, la suite !
LE DISQUE DU JOUR
Dmitri Chostakovitch
(1906-1975)
Complete Symphonies, Vol. 1
Symphonie No. 4 en ut mineur, Op. 43
Symphonie No. 5 en ré mineur, Op. 47
Frankfurt Radio Symphony
Alain Altinoglu, direction
Un album de 2 CD du label Alpha Classics 1173
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Photo à la une : le chef d’orchestre Alain Altinoglu –
Photo : © Marco Borggreve