Inédits

L’un de ses concertos favoris ? Son piano lumineux convenait idéalement au la majeur du 23e de Mozart, une gravure viennoise pour Philips avec Paul Sacher la montrait déjà rayonnante de tendresse, pour Otmar Nussio et son Orchestre de Lugano un soir de juin 1953 elle se trouvait un rien moins bien accordée, Charles Munch six ans plus tard à Montreux et avec le National lui faisait un accompagnement un peu trop Beethoven.

Une bande demeurait inédite, pieusement conservée dans les archives de l’INA, peut-être délaissée pour son affiche même : Pierre Colombo, l’Orchestre de Chambre de Genève, un concert au Casino de Divonne-les-Bains, cela faisait un rien province, mais Yvette Carbou pensa qu’il fallait l’entendre. Se doutait-elle d’une telle merveille ?

Clara Haskil y est plus libre, plus vive – le Finale ! – tenant l’équilibre si mozartien entre giocoso et émotion, et simplement hors du temps dans l’Andante, musicienne parmi les musiciens d’un orchestre qui l’écoute d’abord dans la battue si naturelle d’un chef modeste conscient que sa pianiste est bien un miracle.

À peine moins inédit – un pirate en a circulé fugitivement sans nommer le chef ou l’orchestre – et cette fois édité correctement d’après les bandes conservées à l’INA – un fulgurant Concerto de Schumann la montre impérieuse et virtuose. En 1953, elle avait encore tous les moyens physiques que demande l’œuvre, rien n’a changé depuis sa gravure du 12 septembre 1951 pour Philips, mais l’accord avec le con fuoco de Paul Kletzki, l’un de ses chefs favoris, produit une lecture irrésistible.

Son plus beau Concerto de Schumann ? Je le crois bien, en tous cas un ajout majeur à sa discographie en espérant la publication d’un autre enregistrement inédit, lui aussi conservé à l’INA, écho d’un concert donné à Copenhague le 17 février 1957 avec l’Orchestre de la Radio Danoise et Rafael Kubelik.

Inédit également, l’Adagio de la Sonate, Op. 12 n°3 de Beethoven, donné en bis lors du concert du 18e Festival de Strasbourg, ne serait qu’anecdotique s’il ne rétablissait l’équilibre entre le piano et le violon : enfin Clara Haskil est enregistrée au même niveau qu’Arthur Grumiaux qui n’avait eu de cesse de l’éloigner des micros lors des séances Philips.

Deux ajouts sont tirés du fameux concert donné au Château de Ludwigsburg le 11 avril 1953 : une Toccata de Bach emplie de timbres, des Variations Abegg magiques (son Schumann favori), les entendre dans une telle qualité de son donne envie de disposer de tout le concert, et pourquoi pas ?

Ils seraient les compléments parfait d’un second disque d’inédits. Outre le Concerto de Schumann danois rappelé plus haut, un Deuxième Concerto de Chopin donné le 11 janvier 1955 avec l’Orchestre de Bâle et Hans Münch attend son tour.

Il faut savourer les belles photographies du livret mises à disposition par le Fonds Haskil, et lire attentivement le texte éclairé et informatif de Frédéric Gaussin.

LE DISQUE DU JOUR

Clara Haskil en concert 1953, 1956, 1959

Wolfgang Amadeus Mozart (1756-1791)
Concerto pour piano et orchestre No. 23 en la majeur, K. 488
Orchestre de Chambre de GenèvePierre Colombo, direction

Johann Sebastian Bach (1685-1750)
Toccata pour clavier en ré mineur, BWV 914
Robert Schumann (1810-1856)
Variations sur le nom Abegg, Op. 1

Concerto pour piano et orchestre en la mineur, Op. 54
Orchestre de la Résidence de La HayePaul Kletzki, direction

Ludwig van Beethoven (1770-1827)
Sonate pour violon et piano No. 3 en mi bémol majeur, Op. 12 No. 3 (extrait : II. Adagio con molt’espressione)
Arthur Grumiaux, violon

Clara Haskil, piano

Un album du label Solstice SOCD 416
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Photo à la une : la pianiste Clara Haskil, dans les rues de Lausanne – Photo : © DR