Parmi les merveilles révélées dans le coffret des inédits de Radu Lupu, un prodigieux Carnaval de Vienne ouvrait des espaces poétiques que je n’y avais guère aperçus jusque-là. La proposition si subtile de Nikolai Lugansky n’en est pas si éloignée, mouvement vif et apartés secrètes, clavier qui chante tout du long, rien qui pèse.
Quel art !, qui éclate à plein dans les ombres, les replis, les abandons de ce chef-d’œuvre absolu du piano de Schumann, la grande Humoreske que Radu Lupu justement chérissait tant. Nikolai Lugansky en laisse perler l’incipit si Waldszenen, merveille qui dit tout de son art de timbrer sans appuyer, de laisser chanter les voix qui se répondent, ce jeu à deux mains est tout simple, mais le rendre touchant à ce point…
Le disque s’ouvre par la Fantaisie. L’œuvre a toujours comporté une verrue à mes oreilles : ce Mässig dont Nikolai Lugansky ôte toute pompe, du moins sous ses doigts je peux l’entendre pour mieux m’immerger dans ce Finale beau à serrer le cœur, où le boisé de son subtil Steinway peint des sfumatos inoubliables, faisant croire qu’on tient là le plus beau disque de l’artiste.
LE DISQUE DU JOUR
Robert Schumann
(1810-1856)
Fantaisie en ut majeur, Op. 17
Faschingsschwank aus Wien, Op. 26
Humoreske, Op. 20
Nikolai Lugansky, piano
Un album du label harmonia mundi HMM 902753
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Photo à la une : le pianiste Nikolai Lugansky –
Photo : © Nikita Larionov