Glorieux automne

Boult en stéréo, pendant et après la période HMV, étendra son glorieux automne discographique sous d’autres labels – Symphonie de Franck et autres pages orchestrales pour le Reader’s Digest, les deux dernières Symphonies de Tchaikovski pour MHR, un grand legs de répertoire anglais pour Lyrita (y compris une nouvelle version des Symphonies d’Elgar, des pages d’Ireland, de Bax, de Holst, de Moeran, etc.) – mais Warner assemble ici plus que les HMV bien connus et indispensables : la grande saga Elgar, celle consacrée à Vaughan Williams, les Holst, l’ultime microsillon

Le coffret LP des Symphonies de Vaughan Williams, par Sir Adrian Boult, enregistrées dans les années 1960-1970 pour le label HMV – © Warner Classics

consacré au répertoire anglais étant pour Parry, le cycle Brahms de si haute volée et pourtant toujours tenu à la marge, qui ajoute aux symphonies les Variations, l’Ouverture tragique, une lecture chaleureuse des Sérénades, une Rhapsodie pour altoJanet Baker bouleverse, les quatre microsillons des pages orchestrales de Wagner en constituent autant de saillants qui ne doit pas faire négliger la part russe : écoutez seulement le Capriccio espagnol de Rimski-Korsakov.

Pourtant, Boult commença en stéréo pour des labels plus marginaux. Si Pye ne lui offrit pas les deux canaux pour ses splendides Sibelius, elle saisira ses orageux Sea Interludes de Peter Grimes, où la tension de la scène relève celle des panoramiques, des Ouvertures de Berlioz au cordeau et un brin sèche, une Première Symphonie de Walton historique, d’une sourde violence, Westminster reprenant aux USA les quatre Symphonies de Schumann où il savoure avec ses Londoniens contraints à prendre un nom d’emprunt, la singularité des orchestrations originales sans rien en masquer.

Deux albums de concertos où il accompagne avec brio Shura Cherkassky sont de vraies perles un peu oubliées, Premier de Tchaikovski sans emphase mais avec tant de vitalité, Scherzo de Litolff pour s’amuser sans en avoir l’air, admirable couplage Schumann Grieg, des disques pour l’éternité qui risquaient l’oubli. Les curieux iront aussi au Premier de Prokofiev selon Mindru Katz, plus inspiré que pour le Concerto de Khatchaturian, au Tchaikovski ardent d’Hyman Bress, violoniste trop méconnu – qui nous rendra ses Supraphon ?

Sir Adrian Boult à gauche, avec le violoniste Yehudi Menuhin, en session d’enregistrement pour HMV, fin des années 1960 – Photo : © Warner Classics

Chez EMI côté concertos l’accord sera parfait pour les Mozart d’Annie Fischer, pour ceux d’André Previn (tendre 17e, une merveille), pour le Concerto de Beethoven, magistral sous l’archet de Josef Suk, pour un superbe Concerto de TchaikovskiMenuhin rayonne avant d’émouvoir en découvrant le rossignol caché dans la Sérénade mélancolique, cette perle de poésie. Mais découvrez d’abord le Deuxième Concerto de Brahms avec Louis (Lajos) Kentner

Photo : © Warner Classics

Des perles ? Le Concerto pour cordes d’Howells, le Concerto d’Elgar avec Yehudi Menuhin – la pochette du microsillon affichait les photographies d’un Menuhin en culottes courtes avec Elgar, et celle du violoniste fait homme avec Boult, elle est reproduite ici – mais je lui préfère encore l’enregistrement plus tardif avec Ida Haendel, la 9e de Schubert, une de ses obsessions discographiques, la Pastorale, la Jupiter, l’Ouverture de Rousslan et Ludmila, l’Ouverture cubaine de Gershwin (si si !), l’accompagnement des Lieder eines fahrenden Gesellen pour Christa Ludwig, et celui des Wesendonck-Lieder pour Janet Baker comme pour quatre Lieder de Richard Strauss, et puis laissez-vous ensorceler par les Suites de Casse-noisette et de La Belle au bois dormant où il fait des infidélités à son London Philharmonic en s’amusant avec leurs collègues du Royal Philharmonic, l’orchestre de feu Beecham : ce brio, cet humour !, on croirait Sir Thomas revenu des ombres.

LE DISQUE DU JOUR

Sir Adrian Boult, direction
The Warner Classics Edition
The Stereo Recordings, 1956-1978

Œuvres de Ralph Vaughan Williams, Sir Edward Elgar, Johann Sebastian Bach, Ludwig van Beethoven, Wolfgang Amadeus Mozart, Johannes Brahms, Robert Schumann, Richard Strauss, Piotr Ilitch Tchaikovski, Richard Wagner, Hector Berlioz, Max Bruch, Felix Mendelssohn Bartholdy, Franz Schubert, Benjamin Britten, William Walton, Gustav Holst, Herbert Howells, Aram Khachaturian, Gustav Mahler, Hubert Parry, Sergei Prokofiev, Nikolai Rimski-Korssakov, Bedřich Smetana, Camille Saint-Saëns, Pablo de Sarasate, Sergei Barsukov, Kenneth Alford, Jeremiah Clarke, Eric Coates, Manuel de Falla, George Gershwin, Mikhail Glinka, Edvard Grieg, Georg Friedrich Haendel, Henry Litolff, Amilcare Ponchielli, Richard Rodgers, John Philip Sousa, William Steffe, Johann Strauss I, Igor Stravinski, Franz von Suppé, Carl Teike, Josef Franz Wagner, Henry Walford Davies, Malcolm Williamson, Ermanno Wolf-Ferrari, Charles Zimmermann, etc.

Victoria de los Ángeles, soprano
Dame Janet Baker, mezzo-soprano
Christa Ludwig, mezzo-soprano
Shura Cherkassky, piano
Mindru Katz, piano
Annie Fischer, piano
André Previn, piano
Louis Kentner, piano
Hyman Bress, violon
Josef Suk, violon
Yehudi Menuhin, violon

London Philharmonic Orchestra
London Symphony Orchestra
New Philharmonia Orchestra
Philharmonia Orchestra
Royal Flemish Philharmonic
Royal Scottish National Orchestra

Sir Adrian Boult, direction

Un coffret de 79 CD du label Warner Classics 5021732585042
Acheter l’album sur le site du label www.jpc.de ou sur Amazon.fr

Photo à la une : le chef d’orchestre Sir Adrian Boult, travaillant une partition, durant les années 1950 – Photo : © Decca Records