Ferenc Fricsay s’était éteint à Bâle le 20 février 1963. Le RIAS orphelin espérait un nouveau chef, Lorin Maazel fort de ses succès au MET se cherchait plutôt un théâtre lyrique.
Conjonction heureuse, le Deutsche Oper lui offre le poste de directeur musical, il n’hésite pas un instant et accepte également de prendre en main les destinés de la formation radiophonique. Quel doublé pour ses trente-cinq ans ! A l’opéra, six saisons fastueuses qui verront, entre autres, la création de l’Ulysse de Dallapiccola, ancreront sa réputation de chef lyrique, le RIAS ouvrant une décennie fastueuse que le disque illustrera illico.
Surprise, Philips leur demandera un cycle Bach, répertoire qui manquait à l’orchestre, Ferenc Fricsay l’ayant délaissé. La Messe en si, avec ses couleurs de sépulcre, son chœur monochrome et ses tempos lentissimes ne s’écoute plus que pour ses solistes, Teresa Stich-Randall, Anna Reynolds, Ernst Haefliger, John Shirley-Quirk, excusez du peu, mais ils ne sauvent pas le seul enregistrement absolument daté parmi l’abondante discographie d’un Maazel qui réussit autrement à animer le discours pour les parures festives de l’Oratorio de Pâques. Le chœur lui-même est plus alerte, et les solistes somptueux : le jeune Martti Talvela lançant pour son duo avec Ernst Haefliger son Kommt, eilet und laufet donne le ton, Anna Reynolds est parfaite comme toujours, mais la perle reste Helen Donath, si touchante (Seele, deine Spezereien, avec la flûte de Karl-Bernhard Sebon).
Côté orchestre, la fête est toute autre, Brandebourgeois alertes, vivement colorés, les Suites itou, Lorin Maazel invitant Maurice André, Roger Bourdin, Michel Debost, ce brio entêté gagnant aussi l’inévitable couplage Royal Fireworks et Water Music, dont la pompe assumée rappelle étrangement les gravures anglaises d’avant l’ère Mackerras.
Un émouvant Stabat Mater de Pergolèse avec le couple parfait formé par Evelyn Lear et Christa Ludwig gagnera à être réévalué, il referme les gravures baroques, le temps de Mozart était venu, mais le sérieux, l’aplomb, le côté grand orchestre appuyé, embarrassent les quatre dernières Symphonies plutôt qu’il ne les magnifie. Coda Philips chez Dvořák : il sera passionnant de comparer la Nouveau Monde très symphonique proposée par Lorin Maazel à celle si vive, si épique que l’orchestre donna souvent avec Ferenc Fricsay, le premier n’étant pas certain de remporter la mise.
Sous étiquette Deutsche Grammophon, Lorin Maazel fera au RIAS des infidélités pour une magnifique série avec les Berliner Philharmoniker, dont une Pastorale idéale, mais trois albums demeurés inaltérés refermeront cette fluctuante coopération discographique : Symphonie de Franck vive à souhait, évitant le nébuleux – une des plus belles version de l’œuvre ; Chant du Rossignol électrique tout comme la Suite 1919 de L’Oiseau de feu aux couleurs si précises, deux fabuleuses narrations d’orchestre, et enfin un album Falla époustouflant où Grace Bumbry incarne une candela inoubliable…
LE DISQUE DU JOUR
Lorin Maazel
The Radio-Symphonie-Orchester Berlin Recordings
CD 1. ℗ 1966
Johann Sebastian Bach (1685-1750)
Ouverture (Suite pour orchestre) No. 1 en ut majeur, BWV 1066
Ouverture (Suite pour orchestre) No. 2 en si mineur, BWV 1067
Ouverture (Suite pour orchestre) No. 3 en ré majeur, BWV 1068
CD 2. ℗ 1965
Johann Sebastian Bach (1685-1750)
Ouverture (Suite pour orchestre) No. 4 en ré majeur, BWV 1069
Concerto brandebourgeois No. 1 en fa majeur, BWV 1046
Concerto brandebourgeois No. 2 en fa majeur, BWV 1047
Concerto brandebourgeois No. 3 en sol majeur, BWV 1048
CD 3. ℗ 1965
Johann Sebastian Bach (1685-1750)
Concerto brandebourgeois No. 4 en sol majeur, BWV 1049
Concerto brandebourgeois No. 5 en ré majeur, BWV 1050
Concerto brandebourgeois No. 6 en si bémol majeur, BWV 1051
CD 4. ℗ 1965
Johann Sebastian Bach (1685-1750)
Oster-Oratorium, BWV 249
Helen Donath, soprano – Anna Reynolds, contralto – Ernst Haefliger, ténor – Martti Talvela, basse – RIAS-Kammerchor
CD 5-6. ℗ 1966
Johann Sebastian Bach (1685-1750)
Messe en si mineur, BWV 232
Teresa Stich-Randall, soprano – Anna Reynolds, contralto – Ernst Haefliger, ténor – John Shirley-Quirk, basse – RIAS-Kammerchor
CD 7. ℗ 1966
Georg Friedrich Händel (1685-1759)
Music for the Royal Fireworks, HWV 351
Water Music – Suites Nos. 1-3, HWV 348-350
CD 8. ℗ 1966
Giovanni Battista Pergolesi (1710-1736)
Stabat Mater, P. 77
Evelyn Lear, soprano – Christa Ludwig, mezzo-soprano
CD 9. ℗ 1967
Wolfgang Amadeus Mozart (1756-1791)
Symphonie No. 38 en ré majeur, K. 504 « Prague »
Symphonie No. 39 en mi bémol majeur, K. 543
CD 10. ℗ 1967
Wolfgang Amadeus Mozart (1756-1791)
Symphonie No. 40 en sol mineur, K. 550
Symphonie No. 41 en ut majeur, K. 551 « Jupiter »
CD 11. ℗ 1967
Antonín Dvořák (1841-1904)
Symphonie No. 9 en mi mineur, Op. 95, B. 178 « Du nouveau Monde »
CD 12. ℗ 1962
César Franck (1822-1890)
Symphonie en ré mineur, CFF 130
CD 13. ℗ 1958
Igor Stravinski (1882-1971)
L’Oiseau de feu – Suite (version 1919), K010c
Le Chant du rossignol, K026
CD 14. ℗ 1965
Manuel de Falla (1876-1946)
El amor brujo
El sombrero de tres picos – Suite
Grace Bumbry, soprano
Radio-Symphonie-Orchester Berlin
Lorin Maazel, direction
Un coffret de 14 CD du label Decca 4844904 (Collection « Eloquence Australia »)
Acheter l’album sur le site du label www.jpc.de ou sur Amazon.fr ― Télécharger ou écouter l’album en haute-définition sur Qobuz.com
Photo à la une : le chef d’orchestre Lorin Maazel – Photo : © Philips