Etoile filante

Une jolie colorature enchantait tout un album Offenbach, du rare avec les couplets de la dompteuse de l’Olga de Boule de neige ouvrant le feu d’artifices, du plus couru, mais chanté divinement (les deux airs d’Elsbeth tirés de Fantasio), tous préludant à un air d’Antonia fuyant l’effet mécanique qui ne la laissait pas imaginer quelques plages plus loin en Giulietta : cette voix cachait ses étoffes derrière le strass. L’amie Adèle Charvet lui tenait lieu de Niklausse pour la Barcarolle, moment suspendu. Elle se retrouveront trois ans plus tard pour le Stabat Mater de Pergolèse relu avec une pointe de génie par Julien Chauvin et son Concert de la Loge.

Un second album surpris. Jodie Devos y osait, dans le piano orchestral de Nicolas Krüger, tout un programme de mélodies anglaises (ou en langue anglaise), avec au centre un ensemble Britten simplement génial, l’album oscillant entre nostalgie et humour : les trois songs de Façade sont irrésistibles. Le voyage, empli de raretés, montrait qu’au-delà de la colorature, un beau soprano lyrique se dessinait, qui serait l’objet du troisième album, ouvert par un rare Victor Massé (le délicieux Air de la Lyre donne envie d’en savoir plus sur cette Galathée) sera un voyage dans le belcanto français, de Meyerbeer à Ambrosie Thomas en passant par Halévy et Auber : cette Manon frémissante, si touchante, ne s’oublie plus. Sa Dinorah n’ose pas les effets d’écho que Callas suscitait avec tant d’art, mais la beauté de cette voix qui assoit le rêve de ses aigus sur un médium si ample – la Cavatine d’Elisabeth du sublime Songe d’une nuit d’été d’Ambroise Thomas, à quand une intégrale ? – quelle tristesse de l’avoir perdue dans sa fleur !

Le disque ne se sera pas assez pressé devant un si bel instrument, elle n’y fera ensuite que des apparitions qu’Alpha restitue heureusement en ne les retirant pas du flux des albums originaux, les Proses Lyriques de Debussy dans l’habillage d’Yves Balmer et de celui-ci les Fragments soulevés par le vent, avec les Giardini un récital façon salon d’airs et de duos romantiques pêchés chez Rossini, Isouard, Viardot, Silver, et évidemment Offenbach dont elle savait rendre le chant syllabique fluide, vertu rare.

L’éditeur ajoute l’écho d’un concert capté au Gaume Jazz Festival en 2017, soit une année avant son premier disque, où elle donne ses couleurs particulières à Gershwin, Rodgers, Legrand, preuve d’un éclectisme auquel elle ne renonça jamais : You Take My Breath Away placé en apostille du récital de mélodies rappelait qu’elle pouvait même tenter Freddie Mercury.

J’imagine quel concert elle doit tenir là-haut, avec Lorraine Hunt et Susan Chilcott

LE DISQUE DU JOUR

Hommage à Jodie Devos

CD 1. Offenbach colorature
Jacques Offenbach (1819-1880)
Airs extraits de : Boule de neige, Vert-Vert, Orphée aux Enfers, Un mari à la porte, Fantasio, Les Bavards, Mesdames de la halle, Le Roi Carotte, Les bergers, Les Contes d’Hoffmann, Robinson Crusoé, Le voyage dans la lune
Münchner RundfunkorchesterLaurent Campellone, direction

CD 2. And love said…
Mélodies de Frank Bridge, Benjamin Britten, Ivor Gurney, Patrick Leterme, Freddie Mercury, Darius Milhaud, Irene Poldowski, Roger Quilter, Germaine Tailleferre, Ralph Vaughan Williams, William Walton
Nicolas Krüger, piano

CD 3. Bijoux perdus
Oeuvres de Victor Massé (Galathée), Giacomo Meyerbeer (Le Pardon de Ploërmel, L’Etoile du Nord), Ambroise Thomas (Le Songe d’une nuit d’été, Mignon), Fromental Halévy (Jaguarita l’Indienne), Adolphe Adam (Le Bijou perdu), Daniel-François-Esprit Auber (Manon Lescaut, La Part du diable)
Flemish Radio ChoirBrussels PhilharmonicPierre Bleuse, direction

CD 4. Pergolesi, Stabat Mater
Giovanni Battista Pergolesi (1710-1736)
Stabat Mater, P. 77
Joseph Haydn (1732-1809)
Symphony No. 49 en fa mineur, HOB. I:49 « La passione »
Adèle Charvet, mezzo-soprano – Maîtrise de Radio FranceLe Concert de la LogeJulien Chauvin, violon, direction

CD 5. Poétiques de l’instant
Claude Debussy (1862-1918)
Quatuor à cordes en sol mineur, Op. 10, CD 91
Sonate pour flûte, alto et harpe, CD 145
Proses lyriques, CD 90 (arrangement pour voix et quatuor à cordes : Balmer)
Yves Balmer (né en 1978)
Fragments soulevés par le vent
Juliette Hurel, flûte – Emmanuel Ceysson, harpe – Quatuor Voce

CD 6. Il était une fois…
Oeuvres de Charles Silver (La Belle au bois dormant), Jacques Offenbach (Barbe-Bleue, etc.), Laurent de Rillé (Le Petit poucet), Nicolas Isouard (Cendrillon), Ernest Chausson (Quatuor avec piano, Op. 30), Gioacchino Rossini (L’Italienne à Alger), Pauline Viardot (Cendrillon), Frédéric Toulmouche (La Saint-Valentin), Déodat de Séverac (Pippermint-get), Jules Massenet (Cendrillon), Florent Schmitt (Exode) et Gaston Serpette (La Dempiselle du téléphone)
Caroline Meng, mezzo-soprano – Quatuor Giardini

CD 7. Concert au Gaume Jazz Festival 2017
Jean-Philippe Collard-Neven, piano – Steve Houben, saxophone – Jean-Louis Rassinfosse, contrebasse

Jodie Devos, soprano

Un coffret de 7 CD du label Alpha Classics 1191
Acheter l’album sur le site du label Alpha Classics ou sur Amazon.fr

Photo à la une : la soprano Jodie Devos – Photo : © DR