Amusements

Certains auront louché sur la durée du CD : quasi une heure et demie. Je ne froisserai pas Alexandre Tharaud en écrivant qu’il aurait pu être moins long. La promenade est certes délicieuse, voire parfois étrange (l’Improvisation assez Mompou sur « L’hymne à l’amour »), mais elle connaît des écarts. Mr Nobody (Sigi Weissenberg) invitant Art Tatum chez Charles Trenet pour Vous oubliez votre cheval déclasse par son coup de génie quasi le reste du disque, au point de me faire regretter que mon Petit Prince du piano n’ait pas repris ici tout le contenu de l’album Lumen.

Mais baste des renfrognages !, tout ce qui viendra de Trenet ou de Piaf est d’or, les Barbara aussi, mais Sheller, Jonasz, Ferré, Duteil (pourtant son beau Au parc Monceau) même Aznavour !, avouent la nudité banale des mélodies qui se meurent sans décors, les doigts du pianiste ne pouvant sursoir.

Lorsque l’orchestre s’en mêle c’est parfois contre l’original (Le Poinçonneur des Lilas, fébrile chez Gainsbourg, s’est endormi), et parfois pour : écoutez seulement Sous le ciel de Paris, mais c’est Piaf… ne serait-ce pas une question d’époque, lorsque la veine mélodique, les rythmes, les couleurs étaient encore pensés Music-Hall ?

Alexandre Tharaud commence chez Poulenc – fatalement l’Hommage à Piaf – il y retourne pour de pudiques Chemins de l’amour – et un regret me vient : après nous avoir offert toute la musique de chambre, le Concerto, et voici quelques lustres un album monographique d’œuvres pour son seul piano, il nous en doit un second, qui gagnerait à s’ouvrir sur les trop méprisées Soirées de Nazelles.

On peut poursuivre chez Satie. Pour cause d’anniversaire harmonia mundi réédite en les réunissant les deux disques enregistrés en 2008 : le portrait pour piano seul capte l’essence de cet art, des pièces blanches au précis cruel de décomposition sentimentale, Alexandre Tharaud y ajoutant cet esprit caf’conc que France Clidat y osait, remettant l’œuvre en quelque sorte dans l’époque.

Le disque de duos est encore plus précieux : il faut entendre Jean Delescluse faisant son Cuénod dans Daphénéo, savourer Juliette égarée dans un espace-temps entre Ouvrard (impayable Chez le docteur) et Fréhel, voix qui dit avant de chanter comme faisait Bathori, se régaler à Cinéma revisité par Milhaud, perles d’un itinéraire aussi brillant qu’irrésistible.

LE DISQUE DU JOUR

Pianosong

Francis Poulenc (1899-1963)
Improvisation No. 15, FP 176 « Hommage à Edith Piaf »
Les chemins de l’amour, FP 106
Jean Wiéner (1896-1982)
2 Chansons de Charles Trénet
Gérard Pesson (né en 1958)
Noir dormant (d’après Barbara)
Alexis Weissenberg (1929-2012)
Il n’y a pas de hasard, il n’y a que des rendez-vous
+
Chansons de Charles Aznavour (La bohème), Barbara (Ma plus belle histoire d’amour), Michel Berger (Évidemment), Georges Brassens (Les passantes), Laurent Boutonnat (Ainsi soit je), Jacques Brel (Ne me quitte pas), Julien Clerc (Pièce bleue), Michel Emer (À quoi ça sert l’amour), Yves Duteil (Au parc Monceau), Léo Ferré (Opus X, Thème pour l’Andante d’un concerto de piano, Thème de François), Michel Fugain (Une belle histoire), Serge Gainsbourg (Le poinçonneur des Lilas), Hubert Giraud (Sous le ciel de Paris), Norbert Glanzberg (Padam, padam), Michel Jonasz (Le piano et le pianiste), Gérard Jouannest (Mathilde), Serge Lama & Alice Dona (Improvisation sur « Je suis malade »), Marguerite Monnot (Improvisation sur « L’hymne à l’amour »), Claude Nougaro (Cécile ma fille), Dino Olivieri (Tornerai), William Sheller (La Bavaroise), Charles Trenet & Arcady Brachlianoff (Vous oubliez votre cheval)

Alexandre Tharaud, piano
Thomas Dunford (tracks 13, 18)
Orchestre National de Bordeau-Aquitaine (tracks 2, 4, 6, 7, 9, 10, 16)
Pierre Dumoussaud, direction (tracks 2, 4, 6, 7, 9, 10, 16)

Un album du label Erato 5021732850904
Acheter l’album sur Amazon.fr ― Télécharger ou écouter l’album en haute-définition sur Qobuz.com

Erik Satie (1866-1925)
Avant-dernières pensées

Gnossiennes Nos. 1, 2, 3, 5 & 6
Petite Ouverture à danser
Première Gymnopédie
Véritables Préludes flasques (pour un chien)
Trois Valses distinguées du précieux dégoûté
Le Piccadilly
Descriptions automatiques
Les pantins dansent
Le Piège de Méduse (version 1913, piano seul)
Pièces froides
Avant-dernières Pensées
Gambades
Embryons desséchés
Valse-ballet
Heures séculaires et instantanées
Poudre d’or
Trois Morceaux en forme de poire, pour piano à quatre mains
Je te veux, valse chantée
Chez le docteur
J’avais un ami
La Diva de l’Empire
La Belle Excentrique, fantaisie sérieuse pour piano à quatre mains
Choses vues à droite et à gauche (sans lunettes)
Cinéma (version pour piano quatre mains : Milhaud)
Daphénéo
Ludions
La Statue retrouvée, divertissement pour trompette en ut et piano
L’Embarquement pour Cythère
Allons-y Chochotte

Alexandre Tharaud, piano
Éric Le Sage, piano
Juliette
Jean Delescluse, ténor
Isabelle Faust, violon
David Guerrier, trompette

Un album de 2 CD du label harmonia mundi HMM 932017.18
Acheter l’album sur le site du label harmonia mundi ou sur Amazon.fr ― >
Télécharger ou écouter l’album en haute-définition sur Qobuz.com

Photo à la une : le pianiste Alexandre Tharaud –
Photo : © Jean-Baptiste Millot