Seconde étape du parcours lucernois de Riccardo Chailly chez Rachmaninoff. Un premier volet offrait une rhapsodique Deuxième Symphonie assez inoubliable, mais Mao Fujita semblait bien frêle dans le Deuxième Concerto, au point que j’en avais retenu la chronique. Le très attendu Alexander Malofeev serait-il lui aussi la paille du second concert ?
Son pianisme ailé pourra surprendre, et même une absence probablement calculée du moindre brio. Les doigts volent, les touches seront effleurées, certes les intentions sont pures, l’émotion surgit parfois dans les moments en retrait – épisode dolce du Finale magique à force de pudeur, et comment Riccardo Chaillly le comprend, l’entoure – mais qu’on ne compte pas sur la moindre électricité durant la plus grande partie de l’œuvre.
Il faudra probablement écouter, réécouter, plutôt d’ailleurs que simplement visionner, pour entrer ici dans l’oeuvre, à moins de filer directement au vivo final, où tout fuse enfin, révélant un sacré virtuose qui publie par ailleurs un album largement consacré à Nikolai Medtner sur Sony Classical. La septième des Etudes-tableaux de l’Opus 33, bis anti-virtuose bien dans la veine poétique développée par Alexander Malofeev au cours de sa si singulière vision du Premier Concerto, me tire l’oreille.
Le trésor de la soirée est ailleurs, même si les deux opus de jeunesse sont réalisés et offerts comme rarement, on voit Chailly comprendre, derrière Borodine ou Rimski-Korsakov, la syntaxe singulière que forme déjà Rachmaninoff faisant encore ses classes.
Non, la perle, et ô combien noire, ce sont les Danses symphoniques, plus entendues aussi violentes, aussi absolues depuis la gravure princeps d’Eugene Ormandy. Chailly y ajoute une poésie, des raffinements, quelques échappées, qui pourtant n’empêcheront ni un Tempo di Valse comme empoisonné et alenti !, ni l’Apocalypse fabuleusement contrôlée et cependant quasi atomique d’un Allegro vivace dévastateur.
Le troisième concert – Rocher, Première Symphonie, Rhapsodie sur un thème de Paganini – devrait paraître bientôt, je résiste à la tentation méphistophélique d’y visionner sur Medici TV Beatrice Rana … et j’espère bien que, son cœur retrouvé, Riccardo Chailly nous offrira enfin l’été prochain, L’île des morts, Les Cloches, le 3e Concerto (mais avec qui ?) en attendant pour des horizons plus lointains le 4e Concerto et la Troisième Symphonie.
LE DISQUE DU JOUR
Sergei Rachmaninoff (1873-1943)
Scherzo en ré mineur
Mouvement symphonique en ré mineur (Symphonie de jeunesse)
Concerto pour piano et orchestre No. 1 en fa dièse mineur, Op. 1
Danses symphoniques,
Op. 45
Alexander Malofeev, piano
Orchestre du Festival de Lucerne
Riccardo Chailly, direction
Un DVD Blu-Ray du label Accentus Music ACC10681
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Photo à la une : le chef d’orchestre à Lucerne – Photo : © Pepe Torres/EPA