James Ehnes enlève du Concerto de Stravinski les épines dont l’archet de Samuel Dushkin se délectait. Il était peut-être temps pour ce concerto-capriccioso de devenir un classique du XXe siècle ; ce que l’on perd en mordant, on le gagne en élégance, c’est un choix, et probablement une volonté du violoniste comme d’Andrew Davis de mettre l’œuvre en miroir de ce qui sera la pièce maîtresse, et l’émouvante réussite, de cet album surprenant.
Apollon musagète, dont Alexandre Tansman aimait tant la ligne noble, est respiré large ici, phrasé avec une poésie, des douceurs, une sensibilité que le violon de James Ehnes magnifie dans les variations du Dieu face aux Muses. Ce Stravinski « blanc » est tenu loin de la danse à laquelle le compositeur le destinait, il devient une action poétique plus proche de la pantomime, Davis faisant entendre les étrangetés de l’orchestre à cordes et soudain l’amoroso de l’entrée de Calliope.
Le Scherzo à la russe, un peu assis quand même, reste savoureux, les Suites bien pimentées mais pour qui aura dans l’oreille le Galop fou que déclenchait Sergiu Celibidache au National, manquant d’audaces, peu importe, le geste irréel d’Apollon musagète sera ici votre vrai guide.
LE DISQUE DU JOUR
Igor Stravinski (1882-1971)
Concerto pour violon et
orchestre en ré, K053
Scherzo à la russe,
K070
Suite pour petit ensemble
No. 1, K045
Suite pour petit ensemble
No. 2, K038
Apollon musagète, K048
James Ehnes, violon
BBC Philharmonic Orchestra
Sir Andrew Davis, direction
Un album du label Chandos CHSA 5340
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Photo à la une : le chef d’orchestre Sir Andrew Davis – Photo : © Lucas Dawson