Au début de l’Acte III, le claveciniste introduit la première scène en improvisant un petit foxtrot. J’en vois déjà qui haussent les épaules. Stefano Montanari s’est audiblement régalé avec l’ouvrage aussi somptueux que plein de fantaisie retroussé par Bononcini d’après un opéra antérieur pour honorer en un temps record une commande de la scène londonienne.
Le temps serait-il enfin venu de rendre justice au rival malheureux de Haendel, maître brillant d’un art lyrique qu’il porta lui aussi au pinacle de son époque. Le succès stupéfiant d’Astarto dut beaucoup à la présence de Senesino pour lequel Bononcini étendit et renforça de traits virtuoses le rôle de Clearco.
Francesca Ascioti y déçoit, visiblement effrayée par un rôle où j’aurais aimé entendre un Jeffrey Gall, ce sera le seul bémol d’une distribution qui emporte ce chef-d’œuvre de Bononcini dans une folle urgence dramatique, Stefano Montanari distillant tour à tour brio et poésie, soignant les tensions et les détentes, entourant chaque chanteur, tous aidés par la scène pour incarner des personnages saisissants.
Dara Savinova est étonnante par la beauté des lignes expressives qu’elle prête à Elisa, écoutez comme elle fait entendre déjà un peu de Mozart dans les quelques mots que lui écrit quasi parlando Bononcini en prélude de ses airs : Coglierò la bella rosa est d’une telle inspiration.
Virtuose incandescente, Ana Maria Labin emporte les errements amoureux d’Agenore, Paola Valentina Molinari émeut en Nino, comme la Sidonia si bien chantante de Theodora Raftis. Tous rendent justice à cette perle de l’opéra baroque enfin retrouvée, en espérant qu’à Innsbruck Stefano Montanari et ses chanteurs poursuivent l’exhumation des opéras de Bononcini : Farnace pourrait être une bonne pioche.
LE DISQUE DU JOUR

Giovanni Battista Bononcini (1670-1747)
Astarto
Dara Savinova,
mezzo-soprano (Elisa)
Francesco Ascioti,
contralto (Clearco)
Theodora Raftis,
soprano (Sidonia)
Paola Valentina Molinari, soprano (Nino)
Ana Maria Labin, soprano (Agenore)
Luigi De Donato, basse (Fenicio)
Enea Barock Orchestra
Stefano Montanari, direction
Un album du label CPO 555 591-2
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Photo à la une : © Innsbruck Baroque Festival