Sans mots

Une légende Mikhail Pletnev, au point que certains acceptent sans broncher ses idiosyncrasies ? Qu’il ait, à mesure des années, radicalisé son art au point de tordre les œuvres ne parvenait pas toujours à m’irriter, mais la publication des séances enregistrées en novembre 2024 aux studios Emil Berliner, dans un certain confort, me laissent sans voix.

Esseulés, et parfois magnifiques de son voire d’intention, ses Préludes de Chopin qui semblent toujours enclins à l’effacement, le sont assurément, et je crois Pletnev lui-même : il n’y a plus de drive, pas plus d’énergie, les doigts se font petits et le son aussi jusque dans le Presto con fuoco où la main gauche compte les mesures.

On est parfois à un fil du naufrage, mais le revers est souvent si beau, cantabile prenant et allant jusqu’à la limite du goût, mais s’y tenant, couleurs évidemment qui rappellent le maître des timbres qu’il fut et qu’il reste dans le cahier de Scriabine, plus assorti de style à ce que son art peut encore faire.

Ici on pourra le suivre, si l’on ne pense pas trop à Sofronitzki, mais ce son de crépuscule, simplement cette fatigue physique qui condamne au dolce font regretter d’entendre Pletnev si loin des grands moyens de son âge d’or.

LE DISQUE DU JOUR

Frédéric Chopin
(1810-1849)
24 Préludes, Op. 28
Alexandre Scriabine
(1872-1915)
24 Préludes, Op. 11

Mikhail Pletnev, piano

Un album du label Deutsche Grammophon 486 7455
Acheter l’album sur le site du label Deutsche Grammophon ou sur Amazon.fr ― Télécharger ou écouter l’album en haute-définition sur Qobuz.com

Photo à la une : le pianiste Mikhail Pletnev – Photo : © Evgeny Beleninov