Lignes claires

Est-ce dû à la fréquentation de la nouvelle édition entreprise par Bärenreiter ? Les Symphonies de Schubert sonnent de plus en plus claires, même lorsque les interprétations historiquement informées en abaissent le diapason.

À Brème, et avec les instruments modernes de la Deutsche Kammerphilharmonie, Paavo Järvi ne fait pas autrement, infusant dans le très sombre de l’Inachevée cette lumière qui fait entendre la moindre respiration des cordes, leur tissage si fin avec la clarinette. Il pose un tempo retenu, refuse les tensions inutiles, assurant une continuité troublante entre les deux mouvements, et parant l’Andante con moto de nuances crépusculaires. Assez magnifique à force de poésie et d’économie.

En contraste, le Sturm und Drang du premier mouvement de la Quatrième Symphonie semble venir d’un autre monde, moment génial où Paavo Järvi fait passer comme le souvenir de l’ouverture de Die Schöpfung. La romance de l’Andante renoue avec les charmes des symphonies précédentes, les interprètes ne cherchent pas à masquer le hiatus, assument les deux visages de cette œuvre décisive où Schubert s’est fait visionnaire de ce qu’il deviendra à peine quelques années plus tard.

Serait-ce l’amorce d’une intégrale, Paavo Järvi y joindra-t-il les symphonies reconstituées dont un nouvel enregistrement se fait tant espérer depuis le magnifique geste princeps de Sir Neville Marriner et de son Academy ?

LE DISQUE DU JOUR

Franz Schubert (1797-1828)
Symphonie No. 7 (8) en si mineur, D. 759 « Inachevée »
Symphonie No. 4 en ut mineur, D. 417 « Tragique »

Deutsche Kammerphilharmonie Bremen
Paavo Järvi, direction

Un album du label RCA Red Seal 199584105529
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Photo à la une : le chef d’orchestre Paavo Järvi – Photo : © DR