Redécouverte

Ole Schmidt régnait sans partage sur la discographie des Symphonies de Carl Nielsen, reprenant le flambeau des grands anciens, Thomas Jensen, Launy Grøndahl, Eric Tuxen, Tor Mann, le même granit, la même violence, le même geste héroïque partagés aussi par Jascha Horenstein dans ses trop rares gravures et concerts anglais.

Il manquait pourtant un regard plus moderne, une vision plus distancée que Jean Martinon, puis Herbert von Karajan avaient initiée, quitte à sonner plus anonyme.

Finalement, EMI publia en 1975 un beau coffret où s’ajoutaient aux Symphonies les trois Concertos et les poèmes orchestraux. Herbert Blomstedt y dirigeait son Orchestre Symphonique National Danois, un fabuleuse « Romantique » de Bruckner pour Denon avec la Staaskapelle de Dresde m’avait signalé ce chef à l’orée d’une reconnaissance internationale.

Le coffret faisait somme, Herbert Blomstedt prenait ses distances avec le furioso de ses aînés, faisait mieux entendre la modernité radicale – dès la Symphonie « Les Quatre tempéraments » – comme le creuset des références nordiques où Nielsen forgeait sa langue, révélant soudain qu’elle n’était pas si réfractaire aux apports de Sibelius et même des Français – la « Sinfonia espansiva » fait entendre cela, si claire de textures ici.

Coups de génie successifs, la Cinquième, lue avec un rayon laser, fabuleuse de métal précis, aux arêtes vives, moderniste en diable, et la déconcertante SixièmeHerbert Blomstedt montre l’atelier sonore d’un compositeur qui se réinventait.

Le quatuor des poèmes – Helios, Saga-drøm, Pan et Syrinx, Un voyage imaginaire aux îles Féroé – révélait ses orchestrations magiques, ses ellipses poétiques, comblant un vide que Jascha Horenstein avait trop partiellement rempli avec sa visionnaire proposition pour le seul Saga-drøm, les Concertos trouvaient des lectures au cordeau où les solistes affrontaient sans ciller les parties périlleuses que le compositeur leur avait destinées non sans une certaine cruauté.

Arve Tellefsen arde de son archet ce Concerto que Yehudi Menuhin sut enflammer, il n’est pas loin du modèle, comme la lecture bruitiste du Concerto pour clarinetteKjell-Inge Stevensson ne craint pas la comparaison avec Cahuzac lui-même, Frantz Lemmser magnifiant les envols capricieux du Concerto pour flûte. Il faudra attendre Emmanuel Pahud pour l’entendre aussi fidèlement restitué.

Les rares précédentes éditions en CD avait élimé, aplati, appauvri la magnifique prise de son que les microsillons avaient sauvegardée, on la retrouve intact dans ce remastering qui gagnera à être joué sur un bon lecteur SACD pour en apprécier la chaleureuse ampleur.

LE DISQUE DU JOUR

Carl Nielsen (1865-1931)
Symphonie No. 1 en sol mineur, Op. 7, FS 16
Symphonie No. 2, Op. 16, FS 29 « Les Quatre tempéraments »
Symphonie No. 3, Op. 27, FS 60 « Sinfonia espansiva »
Symphonie No. 4, Op. 29, FS 76 « L’Inextinguible »
Symphonie No. 5, Op. 50, FS 97
Symphonie No. 6, FS 116 « Sinfonia semplice »

Rhapsodie symphonique en fa majeur, FS 7 (Allegro)
Ouverture « Helios », Op. 17, FS 32
Saga-drøm en ut mineur/majeur, Op. 39, FS 46
Sur la tombe d’un jeune artiste, FS 58 (Andante lamentoso en mi bémol mineur)
Pan et Syrinx, Op. 49, FS 87 (Scène pastorale en fa majeur)
Un voyage imaginaire aux îles Féroé, FS 123 (Ouverture-Rhapsodie)
Chants populaires bohémo-danois (Bøhmisk-Dansk Folketone), FS 130

Concerto pour violon et orchestre, Op. 33, FS 61
Concerto pour clarinette et orchestre, Op. 57, FS 129
Concerto pour flûte et orchestre, FS 119

Arve Tellefsen, violon
Kjell-Inge Stevensson, clarinette
Frantz Lemmser, flûte

Orchestre Symphonique National Danois
Herbert Blomstedt, direction

Un coffret de 6 SACD du label Warner Classics 5021732957771
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Photo à la une : le chef Herbert Blomstedt, au tournant des années 1970-1980 – Photo : © DR