Le vrai son

Philipp von Steinaecker et son Mahler Academy Orchestra s’étaient risqués avec succès à retrouver l’instrumentarium original de la 9e Symphonie. Les sonorités boisées des vents, les cordes ductiles, les timbales de peau et leurs petits maillets accroissaient considérablement la poétique si singulière des ultimes ouvrages de l’auteur du Chant de la Terre.

Nul doute qu’ils pensaient aussi à celui-ci, mais François-Xavier Roth et ses Siècles leur brûlent la politesse, ajoutant un nouveau jalon au parcours Mahler d’un chef qui aura déjà illustré son art dans les deux versions de la Première Symphonie, la Troisième, la Quatrième et la Cinquième, avec d’abord la SWR, le Gürzenich, puis reprenant à partir de la Titan avec ses Siècles.

On notera l’aigu devenu difficile à Marie-Nicole Lemieux, mais son chant maternel, émotif, qui déborde dans un Abschied assez fabuleux autant par elle que par l’orchestre, rappelle l’affect qu’y mettait Maureen Forrester. L’antithèse de Kathleen Ferrier ou de Christa Ludwig, certains n’y succuberont pas mais dans cet éventail de timbres si singuliers que François-Xavier Roth dirige d’une battue légère, comment résister ?

C’est l’apport majeur de cette nouvelle proposition, plus que les chanteurs – Andrew Staples est stupéfiant, faisant oublier son timbre à force d’héroïsme – l’orchestre d’épices jamais anecdotique que le chef français dirige pour ainsi dire dans l’ombre de Pierre Boulez. Ce regard analytique contrebalance l’étrangeté des sonorités d’autre monde qui rendent cet Abschied si surprenant.

LE DISQUE DU JOUR

Gustav Mahler (1860-1911)
Das Lied von der Erde

Andrew Staples, ténor
Marie-Nicole Lemieux, contralto

Les Siècles

François-Xavier Roth, direction

Un album du label harmonia mundi HMM90270
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Photo à la une : le chef François-Xavier Roth – Photo : © AFP/Bertrand Guay