L’idée n’est pas absconse : mettre en regard les deux Sonates qu’un Béla Bartók tout juste quarantenaire composait avec en mémoire l’archet rhapsode de Jelly d’Arányi, et les Mythes que Szymanowski pensait pour la chanterelle ensorceleuse de Paweł Kochański.
La distance qui sépare l’opus de Szymanowski et la Première Sonate de Bartók n’est que de cinq années, elles ne sont guère distantes, pas plus par le style que par l’écriture ; chez le Polonais un sous-texte littéraire encourage le symbolisme et l’érotisme ; chez le Hongrois une divagation dans d’étranges paysages sonores retrouve au cœur de l’Allegro initial et de l’Adagio cet éther pastoral que vient briser une écriture plus ébarbée. Jelly d’Arányi ne créera pas l’œuvre ni d’ailleurs la Deuxième Sonate, mais c’est son violon fantasque que Frank Peter Zimmermann rappelle, Dmytro Choni faisant bien plus que l’accompagner. À vrai dire il est la révélation de ce disque fabuleux, j’écoute le coloriste qui rayonnera chez Szymanowski mais impose déjà son art chez Bartók, jusque dans la complexe Deuxième Sonate qui perd souvent ceux qui s’y risquent.
Les deux amis révèlent sa parenté avec les Rhapsodies, dont elles seraient une reprise, une extension, soudain son ton abstrait s’efface, on retrouve un lassu et un friss, mais comme décantés dans une écriture moderniste.
Les Mythes seront stylisés, admirablement composés, archet feulant ou ivre à la chanterelle sous opium, piano éthéré ou mystérieux, puis soudain irréel dans les caprices et les suspensions du violon pour Dryades et Pan, ce sommet de l’érotisme en musique.
LE DISQUE DU JOUR
Béla Bartók (1881-1945)
Sonate pour violon et piano No. 1, Sz. 75, BB 84
Sonate pour violon et piano No. 2, Sz. 75, BB 85
Karol Szymanowski
(1882-1937)
Mythes
Frank Peter Zimmermann, violon
Dmytro Choni, piano
Un album du label BIS Records 2787
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Photo à la une : le violoniste Frank Peter Zimmermann et le pianiste Dmytro Choni – Photo : © Matthias Baus