Moderne classique

Quasiment dix ans, Gianandrea Noseda aura pris le temps, entrant dans ce journal musical de la seconde moitié du XXe siècle, d’en explorer toutes les facettes.

L’ensemble pourra déconcerter, le chef italien y imposant une mise à distance, il voit l’ensemble comme un classique absolu de la musique du XXe siècle, entend l’extraire des événements historiques ou politiques, comme des drames personnels : Chostakovitch devient alors l’ultime maillon d’une chaîne commencée par Tchaikovski, partageant avec Liatochinski et Miaskovski cette sombre acmé. Ensuite Schnittke, Oustvolskaïa, Tichtchenko , Silvestrov briseront le moule.

Les concerts produisent une lecture aussi distanciée que glaçante : à force de détachement les Quatrième et Huitième Symphonies ne manquent pas leurs buts, mais arpentent des chemins bien différents que ceux empruntés par Kirill Kondrachine. Le modernisme hurlant de la Deuxième Symphonie, l’ironie et le morbide des Sixième et Neuvième sont bien vus malgré la décantation ; les lectures en creux des Cinquième et Dixième s’entendront à ceux qui sauront y entrer, comme le puzzle de la Quinzième, mis en regard sur le premier CD avec la Première, résumée en un jeu de couleurs post-Rimski-Korsakov (et pourquoi pas ?). La glaciale horreur de Babi Yar, avec un impressionnant Vitalij Kowaljow et des chœurs aussi nombreux que saisissants, impressionne.

Un rien à vide, les Troisième, Septième, Onzième et Douzième laissent pourtant admirer leur contrôle.

Sommet de l’intégrale ? La Quatorzième, glaciale, impérieuse, d’une ironie qui frôle sans cesse le tragique, très peu russe pourtant, le petit orchestre faisant entendre à quel point l’univers de Benjamin Britten avait trouvé son écho chez Chostakovitch, son autre grande influence après celle de Gustav Mahler.

Magnifique Elena Stikhina (sa Malagueña…), bouleversant O Delvig, Delvig ! dans le grand instrument de Vitalij Kowaljow, quel dommage qu’en complément des concerts n’aient pas figuré les Michelangelo plutôt que l’anecdotique Ouverture de fête.

LE DISQUE DU JOUR

Dmitri Chostakovitch (1906-1975)

CD 1
Symphonie No. 1 en fa mineur, Op. 10
Symphonie No. 15 en la majeur, Op. 141

CD 2
Symphonie No. 2, Op. 14 « Octobre »*
Symphonie No. 13 en si bémol mineur, Op. 113 « Babi Yar »*
London Symphony Chorus – *London Philharmonic ChoirVitalij Kowaljow, basse

CD 3
Symphonie No. 3, Op. 20 « 1er mai »*
Symphonie No. 12 Op. 112 « L’Année 1917 »
Ouverture de fête, Op. 96
*London Symphony Chorus

CD 4
Symphonie No. 4 en ut mineur, Op. 43

CD 5
Symphonie No. 5 en ré mineur, Op. 47
Symphonie No. 6 en si mineur, Op. 54

CD 6
Symphonie No. 7 en ut majeur, Op. 60 « Leningrad »

CD 7
Symphonie No. 8 en ut mineur, Op. 65

CD 8
Symphonie No. 9 en mi bémol majeur, Op. 70
Symphonie No. 10 en mi mineur, Op. 93

CD 9
Symphonie No. 11 en sol mineur, Op. 103 « L’Année 1905 »

CD 10
Symphonie No. 14, Op. 135
Elena Stikhina, soprano – Vitalij Kowaljow, basse

London Symphony Orchestra
Gianandrea Noseda, direction

Un coffret de 10 SACD du label LSO Live LSO0907
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Photo à la une : le chef Gianandrea Noseda – Photo : © DR