Le violon n’était pas son instrument, et d’ailleurs elle ne passa pas d’abord pour un compositeur. Pianiste remarquable, disciple d’Edwin Fischer, Guirne Creith fut célébrée par le tout Londres comme une récitaliste d’exception jusqu’à un accident qui rendit percluse sa main droite au début des années cinquante.
On imagine la surprise d’Albert Sammons, découvrant le Concerto pour violon qu’elle écrivit à son intention en 1934–1935, mais le fut-il vraiment ? Il avait certes été averti de son inspiration par une Sonate pour violon et piano où il avait mis son grain de sel : le Concerto si chantant, tombant si bien sous les doigts, se promenant entre Delius et Moeran sans pour autant abdiquer une poésie, une fantaisie – le finale est irrésistible, la fin si tendre du premier mouvement (Tranquillo) qui semble se fondre avec l’Adagio con intimo sentimento – lui doit certainement moins qu’à son auteur mais un peu tout de même.
Lorraine McAslan l’avait révélé au disque (Dutton, disque supprimé hélas), soudain l’œuvre ajoutait un jalon majeur à la théorie des concertos pour violon britanniques du XXe siècle, point médian parfait entre Elgar et Britten.
Geneviève Laurenceau, dans l’attentive parure sonore dont l’environnent l’Orchestre de Picardie et David Niemann, me semble aller plus loin dans la poétique de cette œuvre magique.
Puisque la Sonate est perdue – elle réapparaîtra peut-être à l’exemple du Concerto dont le manuscrit complet aura fini par émerger des limbes – Geneviève Laurenceau poursuit l’album en Albion, quelques Elgar merveilleux ou capricieux (le souvenir de Kreisler semble passer dans son archet), diptyque italien de Walton peu couru mais splendide – écoutez comme elle s’amuse du Scherzetto – mais courez aux trois pièces de Rebecca Clarke dont se régale l’autre poète de ce disque, Jean-Frédéric Neuburger : leur Midsummer Moon donne envie de les entendre chez Szymanowski.
LE DISQUE DU JOUR
Guirne Creith (1907-1996)
Concerto pour violon et orchestre en sol mineur
Sir Edward Elgar (1857-1934)
Chanson de nuit & chanson
de matin, Op. 15
La Capricieuse, Op. 17
Sospiri, Op. 70
Rebecca Clarke (1886-1979)
Midsummer Moon
Lullaby
Chinese Puzzle
Sir William Walton (1902-1983)
Two Pieces for Violin and Piano
Geneviève Laurenceau, violon
Jean-Frédéric Neuburger, piano
Orchestre de Picardie
David Niemann, direction
Un album du label NoMadMusic NMM130
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Photo à la une : la violoniste Geneviève Laurenceau – Photo : © DR
