Alpestre septentrionale

Richard Strauss pensait-il à un grand soprano Wagner lorsqu’il composa son Opus 27 ? Il faudrait être Erda pour Ruhe, meine Seele et Isolde pour l’extase de Cäcilie, mais tout cela tient dans la tessiture de Louise Alder, sans qu’elle ait à briser son bel instrument, Strauss ayant pensé à vêtir d’un orchestre fluide trois des quatre poèmes, puis Robert Heger l’ayant copié pour Heimliche Aufforderung, la voix n’a qu’à se laisser porter sur les ailes des instruments, qu’envole avec tant d’art Nicholas Collon.

On croyait les Finlandais sombres irrémédiablement, mais le voyage alpin les montre capables d’une palette flamboyante, cascade de glace irréelle, orage vertigineux, tant de paysages qui n’écartent pas l’élévation nietzschéenne, derrière l’horizon point tout un autre monde. Mais écoutez l’envol affolé de la clarinette se prenant pour une alouette juste avant le premier tonnerre, quel naturalisme !

Strauss plaisantait à peine en déclarant que la musique pouvait dépeindre une brosse à dent, Nicholas Collon l’aurait-il pris au mot ? La prise de son spectaculaire l’y aide, mais ce sera d’abord sa vision qui vous saisira. Serait-ce le début d’un cycle Strauss ?

LE DISQUE DU JOUR

Richard Strauss (1864-1949)
4 Lieder, Op. 27, TrV 170
(version orchestrales du compositeur, et de Robert Heger pour le No. 3)

Eine Alpensinfonie, Op. 64, TrV 233

Louise Alder, soprano
Finnish Radio Symphony Orchestra
Nicholas Collon, direction

Un album du label Ondine ODE 1479-2
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Photo à la une : le chef d’orchestre Nicholas Collon – Photo : © Jim Hinson