Trop moderne ? Le Roi et ses familiers y assistèrent, furent-ils aussi interdits que Le Cerf de La Vieville qui tançait l’ouvrage de « méchant opéra de Médée » ? Reprenant les schémas de Lully, cinq actes avec scènes de magie noire Continuer la lecture de Funeste passion
Archives de catégorie : Discophilia. Les chroniques de Jean-Charles Hoffelé
Jean-Charles Hoffelé nous raconte ses écoutes, ses coups de coeur, ses déambulations dans la grande histoire de l’enregistrement du disque classique
Hommages
Quel voyage dans les ténèbres, cette Fantaisie en fa mineur, emplie de paysages et de contes, avec dans le dolce qui l’ouvre déjà cette inquiétude devant les tempêtes que va devoir traverser le Wanderer. On est vraiment dans le tableau de Caspar David Friedrich, face à cette mer de nuages. Âpre, tendue, fusante à mesure, pour tout dire drastique de geste et de conception – ce qui n’exclut pas des imaginations sonores dignes d’Horowitz pour le premier thème – ce voyage Sergio Tiempo le fait de concert avec Martha Argerich – sa seconde mère en quelque sorte ; bambin il sautait sur ses genoux.
Depuis il est devenu le virtuose flamboyant que l’on sait, mais surtout un des plus merveilleux musiciens de sa génération qui célèbre ici, dans une collection d’enregistrements en studio réalisés en 2017 et 2018, ses amitiés musicales, qui sont autant d’affinités électives.
De merveilleuses unions en découlent, généreuses avec Mischa Maisky (la manière dont il lance le grand trait initial de l’Introduction et Polonaise est brillante !), merveilleuses de poésie avec sa mère Lyl pour d’émouvants Entretiens de la Belle et la Bête, savoureux d’hungarismes savamment dosés pour une poignée de Danses hongroises avec l’admirable Alan Weiss.
Rareté, avec sa sœur Karin Lechner, une transcription fabuleuse (probablement la 4 mains du compositeur lui-même) de la Sérénade pour cordes de Tchaikovski qui par sa rareté commanderait de posséder l’album. Et puis deux sourires à tirer les larmes, la Congada de Francisco Mignone et le Bailecito de Carlos Guastavino où s’enlacent et dansent les doigts de Sergio Tiempo et ceux de Nelson Freire.
Merveilleux album.
LE DISQUE DU JOUR
Frédéric Chopin (1810-1849)
Introduction et Polonaise Brillante en ut majeur, Op. 3
Sonate pour violoncelle et piano en sol mineur, Op. 65
(extrait : III. Largo)
Maurice Ravel (1875-1937)
Ma mère l’Oye – Suite, M. 60 (version pour piano quatre mains ;
2 extraits : I. Pavane de la Belle au bois dormant ; IV. Les entretiens de la Belle et de la Bête)
Johannes Brahms (1833-1897)
Danses hongroises, WoO 1 (4 extraits : Nos. 17, 7, 20 & 5)
Francesco Mignone (1897-1986)
Congada
Carlos Guastavino (1912-2000)
Bailecito
Piotr Ilyitch Tchaikovski (1840-1893)
Sérénade pour cordes en ut majeur, Op. 48, TH 48 (version pour piano 4 mains)
Franz Schubert (1797-1828)
Fantaisie en fa mineur, D. 940
Mischa Maisky, violoncelle (Chopin)
Lyl Tiempo (Ravel)
Alan Weiss, mezzo-soprano (Brahms)
Nelson Freire (Mignone, Guastavino)
Karin Lechner (Tchaikovski)
Martha Argerich (Schubert)
Sergio Tiempo, piano
Un album du label Avanti Classic AV10552
Acheter l’album sur Amazon.fr ― Télécharger ou écouter l’album en haute-définition sur Qobuz.com
Photo à la une : le pianiste Sergio Tiempo – Photo : © DR
L’impertinent
Saint-Saëns voulait que l’on oublie de son vivant la délicieuse fantaisie zoologique qu’il avait commise pour un cercle tout à fait privé. Ironie, elle sera l’étendard de son œuvre au XXe siècle Continuer la lecture de L’impertinent
Danse funèbre
Que l’on ne croit pas le titre de ce papier. L’œuvre la plus ouvertement noire de ce disque que l’on classera à Ravel est emporté dans un clavier absolument solaire, dont les vertiges érotiques, les grands gestes d’un piano absolument orchestral Continuer la lecture de Danse funèbre
Persistance de Vienne
Dans sa pertinente note d’intention en forme d’entretien, Jonathan Berman analyse avec autant de finesse que de clairvoyance ce qui fait la singularité de l’orchestre de Franz Schmidt, compositeur génial dont Gustav Mahler vantait l’art, violoncelliste au sein des Wiener Philharmoniker, auteur de quatre symphonies où se résume toute cette Vienne issue de Bruckner qu’aura séduit le triumvirat Schönberg–Berg–Webern sans pourtant l’enivrer.
Les trois Modernes furent Viennois en quelque sorte dans les limites du Ring, des visionnaires d’autres mondes reclus dans le sein d’un univers déjà mort. Franz Schmidt est l’ultime musicien de l’Empire, un génie des « marches », pour lui celle très proche de Presbourg (Bratislava, une petite heure de voiture dont le Rideau de fer fit longtemps une éternité), cette Slovaquie qui était alors un prolongement de Vienne, mais déjà un ailleurs. Son condisciple Ernő Dohnányi, choisira Budapest, et la scission plutôt que la Sécession. Franz Schmidt regagnera Vienne, s’immergeant dans les fantômes d’une époque qu’il sera l’ultime à faire revivre.
Toutes ses symphonies ne sont-elles pas des songes éveillés, même dans leurs éclats ? La Deuxième est un hymne solaire empli de danses, d’une science d’orchestre qui pour la palette n’a rien à envier à celle de Joseph Marx, mais dont la maîtrise polyphonique est tout autre. Comme Bruckner, Schmidt fut aussi organiste, certes laïc, mais comment ne pas entendre dans son orchestre les complexités harmoniques et la variété des jeux des grands orgues romantiques ?
Jonathan Berman confie avoir découvert l’univers de Schmidt par le microsillon archétypal de Zubin Mehta et des Wiener Philharmoniker : l’orchestre, dans une époque où il rechignait au « Mahler revival », y chantait dans son arbre généalogique avec tant de douleur – l’œuvre est un requiem pour la fille du compositeur – et de plaisir à la fois. Ils étaient chez eux.
Les Gallois y sont-ils ? Oui, avec des prudences parfois, mais une telle intelligence de cette musique qu’on tient probablement là le cycle le plus pertinent consacré à ce quatuor de chefs-d’œuvre, et quelle Quatrième Symphonie douce-amère, quelle coda du Finale de la Deuxième, quelle science dans ses Variations, quelle inspiration au long des Langsam et des Adagios, quel geste enflammé pour la Première !
Vous pourrez apprendre en confiance les quatre opus dans la gravure impeccable de Paavo Järvi et des Francfortois (Deutsche Grammophon), vous enivrer à la 2e selon Neeme Järvi à Chicago (Chandos), chercher le rare enregistrement slovaque de la Troisième selon Libor Pešek (Supraphon), revenir à la Quatrième dévastatrice (pour moi définitive, je songe toujours en l’entendant à cette autre symphonie-requiem qu’est l’Asrael de Josef Suk) de Yakov Kreizberg (Pentatone), où à celles, historiques et viennoises, de Rudolf Moralt (Forgotten Records) puis de Metha, mais vous tiendrez ici tout l’univers Schmidt, ambivalent, solaire, funèbre, mystérieux, immortel.
LE DISQUE DU JOUR
Franz Schmidt (1874-1939)
Symphonie No. 1 en mi majeur
Symphonie No. 2 en mi bémol majeur
Symphonie No. 3 en la majeur
Symphonie No. 4 en ut majeur
Notre Dame, Op. 2 (2 extraits
orchestraux : Musique de carnaval, Intermezzo)
BBC National Orchestra of Wales
Jonathan Berman, direction
Un coffret de 4 CD du label Accentus Music ACC80544
Acheter l’album sur Amazon.fr ― Télécharger ou écouter l’album en haute-définition sur Qobuz.com
Photo à la une : le chef d’orchestre Jonathan Berman, durant les sessions d’enregistrement – Photo : © Accentus Music
