À demi

Au disque, le ballet intégral du Mandarin merveilleux lutta pour s’imposer, la Suite était tellement plus pratique ! János Ferencsik en signant pour la Deutsche Grammophon une version princeps fabuleuse qu’Eloquence va rééditer sous peu. D’autres sont venues depuis, Antal Doráti, simplement génial dans le genre conte horrifique, Pierre Boulez, et même, sans chœur, un spectaculaire Christoph von Dohnányi, liste non exhaustive.

Je n’attendais pas Gustavo Gimeno ici, j’avais tort : sa lecture cursive, d’une précision abrasive, très claire de texture est cinématographique, véritable musique pour un film muet. Fascinant, surtout partition en main, tout est entendu, retranscrit, pas si loin que cela de la méthode Boulez, avec quelque chose de plus froid, de plus factuel, qui sert bien le propos de l’œuvre. Cette violence glacée ne s’oublie plus à l’envers d’un Concerto pour orchestre fluide et plat, sans nerf, comme si soudain l’absence d’argument ne suscitait plus chez Gustavo Gimeno l’intensité, la vision.

The Sediments, commande de l’orchestre ajoutée entre les deux opus du Hongrois, ne cache pas ses inspirations écologiques, nous dit tout de l’orchestre d’Emilie Cecilia LeBel, maîtrisé, millimétré, si professionnel jusque dans l’inspiration, oubliant pourtant qu’elle parle l’esperanto symphonique partagé par tant de compositeurs d’aujourd’hui.

LE DISQUE DU JOUR

Béla Bartók (1881-1945)
Le Mandarin merveilleux,
Op. 19, Sz. 73, BB 82 (Ballet)

Concerto pour orchestre,
Sz. 116, BB 123

Emilie Cecilia LeBel
(née en 1979)
The Sediments (2021)

Toronto Mendelssohn Choir
Toronto Symphony Orchestra
Gustavo Gimeno, direction

Un album du label harmonia mundi HMM905365
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Photo à la une : le chef d’orchestre Gustavo Gimeno –
Photo : © Anthony Dehez