Vollendet ?

Une nouvelle intégrale Mahler du Philharmonique Tchèque ? J’avais tendu l’oreille à mesure que le cycle se constituait, Pentatone l’édite maintenant au complet, les quatre dernières symphonies confirmant ce qui m’a étonné : les instrumentistes tchèques n’ont plus cette signature sonore singulière dans les bois et les cuivres qui épiçaient les gravures de Karel Ančerl, de Karel Šejna, de Václav Neumann.

Ce n’est certes pas un détail, ce ne sera pas non plus un handicap, car les Pragois ont gardé à mesure de l’effacement des générations ce naturel dans leur jeu que je soulignais dans ma chronique de leur enregistrement de la Troisième Symphonie. Nouveau jalon, la Sixième, tenue, sans pathos, semble le prolongement esthétique d’une Cinquième Symphonie que le chef russe maîtrisait ; j’admire la hauteur de vue, la perfection du geste, et je les regretterai si soudain le Finale ne se faisait aussi vertigineux.

La Septième ouvre d’autres horizons, Semyon Bychkov en distille les Nachtmusik comme autant d’objets vus sur les étagères d’un cabinet de curiosités, Schönberg n’est pas loin, les alliages des bois et des cordes pincées deviennent devins d’autres univers, pas seulement des paysages de fantaisie. Le grand soleil du Finale rappelle la course hymnique qu’y enflammait Claudio Ababdo.

Grande Septième donc, et tout aussi grande Huitième dont Semyon Bychkov saisit avec un art égal les deux visages, l’Hymne et la Scène du Second Faust comme unis en un même geste, chœurs et solistes ensemble portés par un orchestre monde, magnifique, probablement une des plus belles, des plus raffinées et des plus exaltantes depuis les microsillons de Georg Solti et les compact disc de Giuseppe Sinopoli.

Et la Neuvième ? On passe de l’autre côté du miroir : le vaste Andante comodo étreint, on peut l’écouter en lisant l’écho qu’en écrivit Alban Berg, retrouver à mesure chacun de ses mots, les deux scherzos se contrastent d’humeur mais garde ce drive, ce mordant, cette ironie furieuse qui rappellent le geste d’Otto Klemperer. Et l’autre monde ? Ecoutez la grande phrase initiale des cordes vaisseau tristanesque qui ira jusqu’au silence final, où Claudio Abbado entendait le bruit de la neige tombant sur la neige.

Vollendet ? Demain peut-être la Dixième Symhponie, Le Chant de la Terre

LE DISQUE DU JOUR

Gustav Mahler (1860-1911)

Symphonie No. 1 en ré majeur « Titan »
Symphonie No. 2 en ut mineur, « Auferstehung (Résurrection) »
Christiane Karg, soprano – Elisabeth Kulman, mezzo-soprano – Prague Philharmonic Choir
Symphonie No. 3 en ré mineur
Catriona Morison, mezzo-soprano – Prague Philharmonic ChoirPueri gaudentes
Symphonie No. 4 en sol majeur
Chen Reiss, soprano
Symphonie No. 5 en ut dièse mineur
Symphonie No. 6 en la mineur « Tragique »
Symphonie No. 7 en mi mineur
Symphonie No. 8 en mi bémol majeur « Symphonie des Mille »
Sarah Wegener, soprano I (Magna Peccatrix) – Katěrina Kněžiková, soprano II (Una Poenitentium / Gretchen) – Miriam Kutrowatz, soprano III (Mater Gloriosa) – Stefanie Irányi, mezzo-soprano I (Mulier Samaritana) – Jennifer Johnston, mezzo-soprano II (Maria Aegyptiaca) – David Butt Philip, ténor (Doctor Marianus) – Adam Plachetka, baryton (Pater Ecstaticus) – David Steffens, basse (Pater Profundus) – Prague Philharmonic ChoirCzech Philharmonic Choir of BrnoPrague Philharmonic Children’s Choir
Symphonie No. 9 en ré majeur

Orchestre Philharmonique Tchèque
Semyon Bychkov, direction

Un coffret de 11 CD du label Pentatone PTC 5187490
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Photo à la une : le chef d’orchestre Semyon Bychkov –
Photo : © Petra Hajska