Le nom du compositeur manque sur la pochette, mais qui entendra le chant capricieux de Los requiebros sous les doigts de Charlotte Hu et même ses appuis un peu rudes, ponctuations qui invitent le taconeo d’un danseur, saura que tout Granados est dans le disque.
Au fond, après un album Liszt qui m’a échappé (mais pas pour longtemps…), oser Goyescas, et ses défis de doigts et surtout d’esprit, c’est vraiment ne pas avoir froid aux yeux. Les couleurs y sont, profuses, éclaboussantes, et la diction aussi, si complexe, les rythmes qui sont aux deux mains et qu’elle fait entendre sans tordre la mesure – son Fandango de la bougie manque un peu de cette souplesse qui en fait les ornements littéralement arabes sous les doigts d’Alicia de Larrocha, je ne vais pas lui reprocher cela.
Ce sera d’ailleurs bien la seule raison de vétille, et une autre quand même, d’avoir préféré au Pelele qu’elle aurait fait virevolter avec brio, deux des Danses espagnoles où elle soigne sa sonorité. Mais son Rossignol, sa Balada, son Spectre sont mieux que des réussites, des visions, parfois trop sonores, comme si le Goya des Caprices se superposait au geste esthétique de Granados.
LE DISQUE DU JOUR
Enrique Granados
(1867-1916)
Goyescas
12 Danzas españolas (2 extraits : No. 2. Oriental ; No. 5. Andaluza)
Charlotte Hu, piano
Un album du label Pentatone
PTC 5187522
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Photo à la une : la pianiste Charlotte Hu – Photo : © U-WILLStudio