L’ampleur harmonique est somptueuse, certains trouveront la touche trop opulente, la palette trop chargée, un peu Rachmaninoff, péché véniel et assumé. Les Études de Chopin selon Aaron Pilsan ne sont pas ces études de doigts où tant de pianistes se seront réduits, pas non plus les visions hugoliennes d’Alfred Cortot ou la fantaisie ailée d’un Robert Lortat.
Non, pour Aaron Pilsan, Chopin est un polyphoniste, cela s’entend dès l’Opus 10, la palette plus ample de l’Opus 25 le confirme dans sa vision, lorsque les enlacements des voix, la sensualité des harmonies provoquent plus de paysages encore.
Avec cela, il a le courage de ne pas renoncer au rubato, évitant à certaines de filer droit et un peu vite, un peu plates aussi ; dans son clavier, tout a un relief, et comme il sait éviter la sévérité d’un Pollini, ce qui fait sa coquette le fait : écoutez seulement l’Etude en sol bémol majeur de l’Opus 25, puis l’orage façon polonaise de la suivante, avec la suspension de l’épisode central, petit lied pressé. C’est vraiment d’un poète, et qui sait se mesurer ici à des périls que son âge devrait mépriser. Pas lui, il regarde, entend, transcrit, sismographe subtil qui ose se montrer ici autant que Chopin, mais pour Chopin.
LE DISQUE DU JOUR
Frédéric Chopin (1810-1849)
12 Études, Op. 10
12 Études, Op. 25
3 Nouvelles études, B. 130
Aaron Pilsan, piano
Un album du label Alpha Classics 1270
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Photo à la une : le pianiste Aaron Pilsan –
Photo : © Andrej Grilc