Doris Soffel les avait révélées au disque : en 1918 et 1919, Erwin Schulhoff apporta ses propres réponses au Chant de la terre, composant coup sur coup deux symphonies lyriques pour voix et orchestre. Landschaften, sur des poèmes en dialecte rhénan de Johannes Theodor Kuhlemann, cinq paysages qui semblent prolonger l’Abschied, en rien des lieder, mais bien des poèmes d’orchestre avec voix à l’égal de ceux que composa également Diepenbrock sur les poèmes de Novalis.
L’année suivante, Menschheit sur des poèmes de Theodor Däubler s’écarte du projet symphonique (même si Schulhoff le sous-titre encore « Symphonie pour alto et orchestre ») pour se couler dans la tradition du cycle de lieder. Un orchestre plus divers et plus ample montre déjà le génial coloriste qu’il deviendra.
Barbara Kozelj, enregistrée en concert, offre une alternative à la gravure plus mahlérienne et sans doute plus âpre de Randi Stene. Elle instille un lyrisme zemlinskien au long de Landschaften où elle déploie son grand mezzo ambré, et offre une palette nuancée dans Menschheit au risque de caractériser moins, que ses consoeurs, ce dont l’en garde la direction inspirée de Jun Märkl, jouant avec art des couleurs profuses des Néerlandais.
Contraste total avec la Suite pour orchestre de chambre où paraît le Schulhoff enfant terrible, pimentant d’un Ragtime, d’un Tango, d’un Shimmy sa nouvelle manière : les années vingt, et donc un peu folles, même en Allemagne s’y mirent avec un mélange d’irrévérence et de délicatesse (la Valse Boston, juste un peu « grise »).
Ajout bienvenu : Schulhoff chez Beethoven, et s’amusant à augmenter d’orchestre le capriccioso d’un fameux Rondo qu’on entendra dès lors autrement : il s’y est beaucoup amusé.
LE DISQUE DU JOUR
Erwin Schulhoff (1894-1942)
Landschaften, Op. 26, WV 44 (Symphonie pour mezzo-soprano et orchestre)
Menschheit, Op. 28 WV 48 (Symphonie pour contralto et orchestre)
Suite pour orchestra de chambre, Op. 37 WV 58
Ludwig van Beethoven (1770-1827)
Rondo a capriccio sur un sous perdu (version pour orchestre : Erwin Schulhoff)
Barbara Kozelj, mezzo-soprano
Orchestre de la Résidence de la Haye
Jun Märkl, direction
Un album du label Challenge Records CC720061
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Photo à la une : la mezzo-soprano Barbara Kozelj – Photo : © DR