Prolongations

La Danse de Daphnis est croquée en chorégraphe, on voit le mollet qui élance, la grâce pure de l’éphèbe que, dans le roman de Longus, certains mâles voudraient bien détourner de Chloé. Ce sera tout pour le ballet sous les doigts de François-Xavier Poizat qui se plaint dans son entretien d’en avoir fini avec Ravel, de se tourner vers Poulenc, coquetterie qui me fait sourire.

Comme je le rappelais dans mon billet sur son coffret (voir ici), Ravel a enclos tout le ballet dans son piano, Claire-Marie Le Guay l’a révélé au disque avec tout l’art qu’on lui sait, mais ici le pianiste a préféré susciter, en alternance avec celles de Ravel, quelques transcriptions.

La plus émouvante revient pourtant à Ravel lui-même, pour les trois Chansons, qu’il ré-imagine de son piano, rendant plus nu encore, et douloureux, Trois beaux oiseaux de paradis, Brenda Poupard dialoguant en esprit plus qu’en mot. La plus surprenante, et aboutie, restant celle de la Deuxième Suite de Daphnis et Chloé où Vyacheslav Gryaznov ébroue un stupéfiant envol d’oiseaux face au soleil levant. Pour cela, il lui fallait bien deux pianos.

L’ajout des percussions à la transcription de la Rapsodie espagnole pollue la précision du geste que Ravel y aura apportée, faisant de son clavier un orchestre redessiné à la pointe sèche, alors que celle de Shéhérazade n’est au fond qu’un travail pour faciliter l’étude des chanteurs : j’écoute d’abord Marie-Claude Chappuis, diseuse que je rêve d’entendre dans l’orchestre d’épices de la version originale.

Beaucoup d’esprit pour le Five O’Clock Foxtrot, prélude à une improvisation (sur la Pavane pour une infante défunte, différente de celle proposée dans le coffret) dont le pianiste est gourmand, c’est bien, mais puisque Ravel fut le choc de son adolescence musicale, pourquoi tourner casaque ? Tout Daphnis et Chloé l’attend, et ne saurait se contenter de cette bouchée apéritive placée en ouverture du disque, comme toutes les transcriptions de Lucien Garban, qui sont bien plus que des réductions.

LE DISQUE DU JOUR

Ravel Transcriptions

Maurice Ravel (1875-1937)
Danse légère et gracieuse de Daphnis (extrait de « Daphnis et Chloé, M. 57 ») (version pour 2 pianos : Maurice Ravel)
Daphnis et Chloé – Suite No. 2, M. 57B (version pour 2 pianos : Vyacheslav Gryaznov)
Rapsodie espagnole, M. 54 (version pour 2 pianos et percussion : Maurice Ravel & Till Lingenberg)
3 Chansons, M. 69 (version pour voix et piano : Maurice Ravel)
Shéhérazade, M. 41 (version pour voix, flûte et piano : Maurice Ravel)
Là-bas, vers l’église, M.A 10 (5 Mélodies populaires grecques) (version pour flûte et piano : Maurice Ravel)
Five O’Clock Foxtrot, extrait de « L’Enfant et les Sortilèges, M. 71 » (version pour piano : Henri Gil-Marchex)
Improvisation sur “The Lamp is Low” d’après DeRose & Shefter

François-Xavier Poizat, piano
Vyacheslav Gryaznov, piano
Chiao-Yuan Chang, percussion
Till Lingenberg, percussion
Brenda Poupard, mezzo-soprano
Marie-Claude Chappuis, mezzo-soprano (Shéhérazade)
Héléna Macherel, flûte

Un album du label Aparté AP430
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Photo à la une : le pianiste François-Xavier Poizat – Photo : © DR