5 octobre 2023, salle de la Philharmonie de Varsovie, une soirée annoncée exceptionnelle ouvrait la seconde édition du Concours Chopin sur instruments d’époque.
Pour ne pas doublonner avec l’objet des épreuves, tout un concert Beethoven où viendront briller deux lauréats récents du Concours. Tomasz Ritter jouant un Graf de 1819 donne au Troisième Concerto du Maître de Bonn un ton sombre, un rien tragique avant que son clavier si sonore ne pimente un fabuleux Rondo final que Václav Luks arde.
Bruce Liu sera moins chanceux non pas avec son piano – cet Erard de 1858 est la poésie même – mais avec l’œuvre : la Fantaisie chorale ne serait-elle pas la partition la moins inspirée coulée de la plume de Beethoven ? Malgré tous leurs efforts, le pianiste comme le chef n’en évitent par le disparate.
Et Martha Argerich ? Elle reprend son Premier Concerto chéri, et s’amuse beaucoup avec la singularité de cet Erard qui lui titille l’oreille, elle l’apprivoise, se régale de ses timbres mutins, de ce clavier qu’il faut effleurer pour le faire mieux sonner, doigts agiles et soudain rêveurs, comme fascinés par l’alchimie des timbres, la sonorité même comme venue d’un autre temps. La rencontre, pour fugitive qu’elle soit, ne doit pas être ignorée.
LE DISQUE DU JOUR
Dai Fujikura (né en 1977)
Bridging Realms
Naruhiko Kawaguchi, piano Graf 1819
Ludwig van Beethoven (1770-1827)
Concerto pour piano No. 1 en ut majeur, Op. 15
Martha Argerich, piano Érard 1858
Concerto pour piano No. 3 en ut mineur, Op. 37
Tomasz Ritter, piano Graf 1819
Fantaisie pour piano, chœur et orchestre en ut mineur, Op. 80
Bruce Liu, piano Érard 1858
Podlasie Opera & Philharmonie Choir
{oh!} Orkiestra
Václav Luks, direction
Un album de 2 CD du label de l’Institut Chopin de Varsovie NIFCCCD 167-168
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Photo à la une : © DR