Le Concerto perdu

Viktor Ullmann destinait son Concerto pour piano à Juliette Arányi (1906-1944), elle le suivra jusque dans les chambres à gaz de Theresienstadt. Ironie, peu avant leur assassinat, il avait été question de créer à l’occasion d’un des concerts donnés dans le camp de concentration ce Concerto qu’il lui avait écrit en 1939. Trois mouvements vifs, piquants, narquois, motoristes, d’une écriture affutée, entourent un Andante dont le tranquillo est tout sauf tranquille. Une inquiétude y rode, que le piano attentif de Jan Bartoš exprime sans souligner.

Les autres mouvements montrent la vitalité de l’écriture du jeune homme, moins enfant terrible que Schulhoff, plus attentif aussi à la Seconde École de Vienne. L’étourdissant Finale (à peine plus de deux minutes) se charge par instants d’une atmosphère menaçante : tout un monde va basculer.

À revers total de l’œuvre d’Ullmann, le Concerto pied de nez du jeune Prokofiev manque un peu d’élan dès l’intrada de l’Allegro brioso que Jakub Hrůša solennise. Heureusement, Jan Bartoš s’envole ensuite, narquois, fusant, un délice d’ironie et d’apartés rappelant la manière d’un autre grand pianiste tchèque qui adorait cette partition tranquillement iconoclaste : Ivan Moravec.

Les roides Symphonies d’instruments à vents font entre les deux oeuvres concertantes une césure inattendue, étrange à vrai dire. Elles permettent d’admirer les timbres verts des musiciens de Bamberg que le geste précis mais jamais sec – certains trouveront cela discutable – de Jakub Hrůša dirige dans une impeccable métrique.

LE DISQUE DU JOUR

Viktor Ullmann (1898-1944)
Concerto pour piano et
orchestre, Op. 25

Igor Stravinsky (1882-1971)
Symphonies d’instruments
à vent, K036

Sergei Prokofiev (1891-1953)
Concerto pour piano et
orchestre en ré bémol majeur, Op. 10

Jan Bartoš, piano
Bamberger Symphoniker
Jakub Hrůša, direction

Un album du label Supraphon SU4385-2
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Photo à la une : le pianiste Jan Bartoš – Photo : © DR