La Salle Ventadour ne s’attendait certainement pas à être emporté dans les tempêtes de Zampa. Le 3 mai 1831, la création remporta un succès qui redora le blason assez terni de l’Opéra-Comique.
Le nouveau patron des lieux avait demandé à Hérold, en quelque sorte, de répondre par anticipation à la création de Robert le Diable que la grande scène de l’Opéra avait annoncé. Il fallait un ouvrage de grand caractère pour tenir face au drame historique projeté par Meyerbeer. Hérold ne se haussa pourtant pas du col. Il y a bien dans Zampa une intrigue de comédie : Ritta partagée par ses affections pour Daniel et Dandolo ; mais le reste ressort purement du drame lyrique, avec un Final pris au Don Giovanni de Mozart, remplaçant la statue du Commandeur par celle d’une Sainte corse tout aussi prompte à entraîner le blasphémateur dans les flammes de l’Enfer.
L’ouvrage est prodigieux par sa versatilité, ses écritures d’orchestre inventives, son grand caractère et une écriture vocale supra-virtuose qui entendait bien briller autant que celle de Meyerbeer : Zampa est absolument un des chefs-d’œuvre de son temps, Berlioz avec sa plume de critique l’adoubera, William Christie ne s’y était pas trompé, le ressuscitant fugitivement Salle Favart.
Le disque fut espéré et ne vint pas, mais cette fois on tient enfin une intégrale philologique qui rend justice à une partition complexe, osée, à cent lieues de ce qu’Hérold aura produit auparavant : il ne retrouvera le même degré d’inspiration qu’avec Le Pré aux clercs douloureusement soutiré à la phtisie.
Julien Henric, déjà repéré (voir ici), trouve avec le bandit corse son premier triomphe absolu, aigus dardés, voix agile et tranchante, qui sait aussi séduire. Face à cette incarnation de grand caractère, la Camille d’Hélène Carpentier triomphe des écarts de tessiture redoutables, des vocalisations volcaniques : un couple maudit où ne peut s’interposer le malheureux Alphonse, si justement croqué par Cyrille Dubois jusque dans la fureur du dépit.
Tous sont parfaits, chœur compris et la direction fulgurante d’Erik Nielsen rend justice à cette partition saisissante qui a enfin retrouvé des chanteurs à sa mesure. Comme toujours, l’édition Bru Zane est digne d’un ouvrage d’art.
LE DISQUE DU JOUR
Ferdinand Hérold (1791-1833)
Zampa, ou La Fiancée
de marbre
Julien Henric,
ténor (Zampa)
Hélène Carpentier,
soprano (Camille)
Cyrille Dubois,
ténor (Alphonse)
Héloïse Mas, mezzo-soprano (Ritta)
François Rougier, ténor (Daniel)
Pierre Derhet, ténor (Dandolo)
Lukas Mayr, baryton (Un corsaire)
Chor des Bayerischen Rundfunks
Münchner Rundfunkorchester
Erik Nielsen, direction
Un livre-disque au format italien de 2 CDs du label Palazzetto Bru Zane BZ 1065
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Photo à la une : le ténor Julien Henric – Photo : © Joël Saget