Schmitt moderniste

Serge Koussevitzky s’attendait-il aux flamboiements motoristes que Florent Schmitt déploya dans la Symphonie concertante qu’il brossa d’un geste si vif et si large ? L’ouvrage lui demanda plusieurs étés, il écrivit la partie de piano à son usage (et d’ailleurs en assurera la création le 24 novembre 1932 à Boston sous la direction de son commanditaire, occasion de son seul voyage aux Etats-Unis), se gardant bien de toute tentation concertante : l’ouvrage est une symphonie à part entière, assez proche par l’esprit et l’écriture moderniste de celle de Karol Szymanowski, sa quasi contemporaine, ce que Yan Pascal Tortelier magnifie en une lecture torrentielle où Peter Donohoe déploie un grand jeu débordé de couleurs, plus subtil dans les mystères quasi Messiaen du Lent où Hüseyin Sermet se montrait bien prosaïque.

Face à ce chef-d’œuvre qui trouve ici sa version de référence, Yan Pasal Tortelier ajoute trois opus rarement enregistrés : l’orchestration capricieuse des Trois Danses souligne son art de lier timbres et rythmes, et aussi de suspendre le temps au long d’une fascinante danse lente (Bocane). La Stèle émue à la mémoire de Paul Dukas élargie à l’orchestre reste toujours aussi troublante dans la noblesse de son dessin mélancolique comme dans la douleur de son crescendo central (la partition en a été retrouvée dans les archives de Charles Munch qui en avait assuré la création en 1938 avec l’Orchestre de la Société des Concerts du Conservatoire).

Composé pour un concours ouvert par Radio-Paris, Cançunik alterne un envoûtant Lied-Nocturne avec une irrésistible Tarentelle où Florent Schmitt s’amuse, faisant son orchestre léger, fusant, merveille dont se régale Yan Pascal Tortelier qui poursuit à Manchester un cycle Schmitt commencé voici quinze ans à São Paulo par un album réunissant le Psaume XLVII, La Tragédie de Salomé et Le Palais hanté. Que nous réservera le troisième volume ?

LE DISQUE DU JOUR

Florent Schmitt
(1870-1958)

Symphonie concertante pour piano et orchestre, Op. 82
3 Danses, Op. 86 (version orchestrale)
Stèle pour le tombeau de Paul Dukas (No. 1, extrait de « Chaîne Brisée, Op. 87 » ; version orchestrale)
Çançunik, Op. 79

Peter Donohoe, piano
BBC Philharmonic Orchestra
Yan Pascal Tortelier, direction

Un album du label Chandos CHAN 20366
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Photo à la une : le chef d’orchestre Yan Pascal Tortelier –
Photo : © Courtesy of the Artist