La plainte mélismatique du Polo résonne, ardente, feulée, on voit les gitans assemblés, on entend les rasgueado des tocadors, le taconeo de la danseuse. Qui chante ainsi l’ultime des Sept chansons populaires espagnoles de Manuel de Falla ? Nadège Rochat, déployant le plus vocal des violoncelles qui en remontre à la plus farouche des mezzo-sopranos. Transcription ? D’elle–même et de son guitariste. Il y a du duende dans cet archet, un élan, une plainte aussi que vient aviver la guitare virtuose et amère du grand Rafael Aguirre, partenaire du second album de cette violoncelliste prodige qui fit sensation à ses débuts au Konzerthaus de Berlin en 2010. La femme est aussi belle que l’artiste, ce qui ne s’entend pas au disque, car la préoccupation première de son art n’est certainement pas esthétique. Continuer la lecture de Con fuoco
Nouvelle Pologne
21 février 1955, inauguration de la nouvelle Salle de concert de la Philharmonie de Varsovie, reconstruite après les ravages de l’occupation allemande : Wanda Wiłkomirska, vingt-cinq ans Continuer la lecture de Nouvelle Pologne
Limpide
Ce n’est pas le premier album Mozart d’Evgeni Koroliov. En 2006, pour la SWR et Kerstin Hänssler, il enregistrait trois Sonates (KV 282, 331, 457), liant la Fantaisie KV 475 au premier mouvement de la Sonate KV 457 : même tonalité, ut mineur Continuer la lecture de Limpide
Le maître des chœurs
Et si le génie de Charles Villiers Stanford s’incarnait d’abord dans son œuvre chorale ? L’auteur de l’hypnotique The Blue Bird aura écrit d’abondance pour l’Église et pour les sociétés chorales tel le Bach Choir aux destinés duquel il présida Continuer la lecture de Le maître des chœurs
La perfection
Belle idée, rassembler les gravures russes que Louis Kentner grava pour le 78 tours : ses Études de Liapounov où la virtuosité ne se fait jamais voir sont restés des modèles, je suis bien curieux d’entendre ce que Florian Noack, qui s’apprête à les enregistrer, aura appris à leur fréquentation.
Son Islamey de Balakirev, plus indolente, plus « Shéhérazade » que celles de tant de bêtes d’estrade, est un conte magique où tout l’orient s’engouffre, poème de sons. Car Louis Kentner fut un maître des timbres.
Pur produit du Conservatoire de Budapest, ami de Bartók et créateur en Hongrie de son Deuxième Concerto, futur beau-frère et partenaire de Yehudi Menuhin, établi à Londres dès 1935, il laissa un legs discographique immaculé, dont ces 78 tours de répertoire russe n’illustrent qu’une face. Lorsque l’on sait qu’il donna sur les ondes de la BBC l’intégrale des Sonates de Beethoven et de Schubert ! Cela fut-il seulement conservé ? Peu probable, hélas.
La publication d’un inédit absolu complète cet album impeccable, et quel ! Rien moins que la Sonate de Liszt, bouclée en un peu moins de vingt-huit minutes, entreprise avec un naturel et un aplomb qui en 1948 font entendre que Kentner jouait comme toujours en classique, construction parfaite, sens du récit, couleurs subtiles, et cette conscience de l’harmonie : voilà qui rend cette parution d’autant plus indispensable et son long séjour aux enfers du disque incompréhensible.
LE DISQUE DU JOUR

Mili Balakirev (1837-1910)
Sonate pour piano No. 2
en si bémol mineur
(enr. 2 juin 1949)
Islamey, fantaisie orientale, Op. 18 (enr. 14 juin 1944)
Rêverie en fa majeur
(enr. 15 juin 1944)
Mazurka No. 6 en la bémol majeur (enr. 14 avril 1944)
Sergei Liapounov (1859-1924)
12 Études d’exécution transcendante (enr. Décembre 1949)
Franz Liszt (1811-1886)
Sonate pour piano en si mineur, S. 178 (enr. 28 mai & 4 juin 1944)
Louis Kentner, piano
Un album de 2 CD du label APR 6020
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Photo à la une : Dessin de René Shapshak : Louis Kentner (détail) – Photo : © DR