De l’élégance

Une nouvelle décennie s’ouvrait pour les Berliner dans la Neue Philharmonie d’Hans Scharoun inaugurée en 1963 : l’orchestre y avait définitivement trouvé ses marques, et son chef parvenu à un point de non-retour dans sa recherche d’un certain idéal sonore. Un idéal qui refusait la perfection, le millimétré, la précision absolue, illusion réservée aux micros de la Deutsche Grammophon.

Ce deuxième volume – un troisième paraîtra illustrant les années 80 – confirme et augmente ce que son prédécesseur – voir ici – annonçait. Au concert, Herbert von Karajan insufflait une vitalité qui s’encombrait peu d’exactitude : les deux Sacre du printemps (1971/1977) fascinent d’abord par leur kaléidoscope de couleurs, l’urgence du geste, instaurant deux rituels qui se répondent ; quantité d’autres exemples confirmeraient cette primauté de l’instant, à commencer par le fulgurant Also sprach Zarathustra de septembre 1975 où l’on croit entendre dans l’orchestre de Richard Strauss le verbe de Friedrich Nieztsche.

Les années soixante furent ses années d’explorateur, autant en revenant à son compositeur fétiche, Jean Sibelius – ici le Concerto avec Christian Ferras et son archet de barde, les 4e et 5e Symphonies, les trois frôlant le génie – qu’à l’approche de la Seconde Ecole de Vienne, Pelleas und Melisande gothique, Trois Pièces d’Alban Berg plus Mahler que Berg (la Troisième !) je ne m’en plaindrai pas – les partitions de Penderecki, Thärichen, Wimberger restant anecdotiques surtout lorsque l’on sait, dormant dans les archives, des Gurrelieder, un War Requiem.

Pourtant, d’autres perles sont à glaner. Sa plus belle Deuxième Symphonie de Brahms le 21 octobre 1977 ? Ecoutez aussi le même soir le Double Concerto avec les primarius Thomas Brandis et Ottomar Borwitzky. Des Tableaux d’une exposition très Ravel invitent à s’enivrer d’une Deuxième Suite de Daphnis et Chloé d’un érotisme certain, et cette Mer si latine !, tous rappelant ses affinités électives avec le répertoire français.

Une merveille : le 4 janvier 1978, Das Lied von der ErdeHerbert von Karajan épouse la ligne d’Agnes Balsta au long d’un Abschied comme venu d’un autre monde, rappel que la seconde moitié de la décennie 1970 et du début des années 1980 fut celle des noces du chef autrichien et du compositeur des Kindertotenlieder, sujet qui devrait faire l’objet d’une édition exhaustive de ses concerts Mahler avec les Berliner.

Les membres de l’orchestre, qui œuvrent à la sélection des enregistrements publiés ici, oseraient-ils cette boîte nécessaire, et une seconde révélant des ajouts majeurs à la discographie d’Herbert von Karajan, Gurrelieder, War Requiem déjà cités, il y en a d’autres…

LE DISQUE DU JOUR

Herbert von Karajan & Berliner Philharmoniker
Live in Berlin, 1970-1979

Œuvres de Johann Sebastian Bach, Béla Bartók, Ludwig van Beethoven, Alban Berg, Hector Berlioz, Johannes Brahms, Anton Bruckner, Claude Debussy, Antonín Dvořák, Gustav Mahler, Felix Mendelssohn, Wolfgang Amadeus Mozart, Modest Moussorgski, Krzysztof Penderecki, Maurice Ravel, Arnold Schönberg, Franz Schubert, Robert Schumann, Jean Sibelius, Richard Strauss, Igor Stravinski, Werner Thärichen, Piotr Ilitch Tchaïkovski, Antonio Vivaldi, Anton Webern, Gerhard Wimberger

Une grande boîte au format italien de 20 CD/Hybrid SACD, assorti d’un important livret de 116 pages du label Berliner Philharmoniker Recordings BPHR 2250571
Acheter l’album sur le site du label Berliner Philharmoniker Recordings

Photo à la une : le chef d’orchestre Herbert von Karajan, au cœur de ses Berliner Philharmoniker – Photo : © Siegfried Lauterwasser (?)