Deux mondes

Le même compositeur vraiment ? Le sombre Concerto post-romantique que composa Vítězslav Novák en 1895 ne laisse rien deviner de la fantaisie et des audaces des deux Suites tirées de ses grands ballets de maturité, parmi les plus brillantes créations orchestrales de la musique tchèque de l’entre-deux-guerres.

Łukasz Borowicz a finement assemblé les grands numéros de divertissement de Signora Gioventu, partition flamboyante où passent (on les entend) un Mandarin chinois, un Sorcier africain, où règne le flamboyant Hélios, lecture éclatante qui fait regretter de ne pas disposer de l’intégralité du ballet par le chef polonais et la phalange d’Ostrava.

Nikotina est probablement le chef-d’œuvre de Novák, même devant le grand panoramique symphonique de Dans les Tatras qui, rétrospectivement, semble d’un autre âge. Václav Talich le savait bien, qui a capturé dans une Suite parfaite les métamorphoses du personnage principal, inspirant au compositeur de fabuleux numéros orchestraux dignes de La Grande Illusion. Là encore, on voudrait tout le ballet, l’occasion de regretter la suppression du catalogue Supraphon des enregistrements de František Jílek, pour Nikotina, comme pour Signorina Gioventu.

Et le Concerto ? Il tire un peu moins à la ligne sous les doigts attentifs d’Oliver Triendl, plus légers et précis que ceux de Jan Bartoš, qui l’avait gravé en première mondiale pour Supraphon.

LE DISQUE DU JOUR

Vítězslav Novák (1870-1949)
Concerto pour piano et orchestre en mi mineur
Suite de « Signorina Gioventu », Op. 58 (version pour orchestre élaborée par Łukasz Borowicz)
Suite « Nikotina » (version orchestrale : Václav Talich)

Oliver Triendl, piano
Janáček Philharmonic Ostrava
Łukasz Borowicz, direction

Un album du label CPO 555359-2
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Photo à la une : le chef d’orchestre Łukasz Borowicz – Photo : © DR