Hédonisme

Une rareté, et comme détachée par le temps (1993), sinon par le lieu – on est toujours au Symphony Hall – les Quintettes pour clarinette et quatuor à cordes de Mozart, et surtout celui de Brahms selon Harold Wright et les primarius de l’orchestre. Le temps de Joseph Silverstein était révolu, l’inspirateur de ses amis contraint à des formations à géométrie variable par la variété des répertoires qu’il avait minutieusement préparés pour les séances bostoniennes dévolues à la Deutsche Grammophon, signataire d’un florissant contrat avec l’Orchestre Symphonique de Boston, la formation symphonique élue par le label jaune depuis le trop bref magister de William Steinberg.

Vingt ans plus tard Harold Wright était toujours là, sa sonorité de contralto légendaire si naturellement brahmsienne, sombre merveille qui sublime l’une des plus méconnues versions du Quintette. Publié sous étiquette Philips, l’enregistrement passa inaperçu de ce côté-ci de l’Atlantique : le retrouver me donne des frissons de plaisir.

Les autres albums, tous parus sous le label jaune, sont plus connus, et autant de perfections restées intangibles dans la discographie. Joseph Silverstein fut durant vingt-deux années le premier violon du Boston Symphony, succédant à une autre légende, Richard Burgin.

Un tropisme viennois, s’expliquant en partie par ses ascendances, lui inspira plusieurs disques dédiés à la Seconde Ecole de Vienne, où l’hédonisme des Bostoniens magnifièrent les entrelacs décadents de la Première Symphonie de chambre de Schönberg, assouplirent les raideurs de la Suite, Op. 29, mais écoutez d’abord l’Adagio du Concerto de chambre que Berg arrangea pour clarinette, violon et piano : Harold Wright, Joseph Silverstein et Gilbert Kalish (par ailleurs le génial accompagnateur des albums de Jan DeGaetani chez Nonesuch). Cet équilibre inouï des sonorités, ce dosage…, et si vous voulez entendre Joseph Silverstein dans tout son art, écoutez, toujours avec Gilbert Kalish, la Fantaisie, Op. 47 de Schönberg, en attendant que Sony réédite sa version du Deuxième Concerto de Bartók avec les Bostoniens et Erich Leinsdorf.

Leur album viennois le plus célèbre reste celui des arrangements des Valses de Johann Strauss II pour les concerts d’abonnement de Schönberg, littéralement dans leur version deux mondes en un, mais ils ne doivent pas détourner, quitte à faire un pas de côté géographique, d’un splendide Deuxième Quintette de Dvořák, leur album le moins connu, injustice !, ou du microsillon américain avec le rare Quintette pour hautbois et cordes de Quincy Porter, mais dont la perle reste le Largo de Charles Ives.

Stravinski sera l’autre objet, les Bostoniens évitant tout desséchement à l’Octuor, au Septuor, au Concertino, préférez leur, dans la langue de Shakespeare qui semble improbable face aux saveurs de Ramuz, L’Histoire du soldat, où Le Diable façon Dickens de Ron Moody vole la vedette au Narrateur so british de Sir John Gielguld.

La merveille de l’ensemble ? Le disque Debussy, où tout jeune homme Michael Tilson Thomas, abandonnant l’estrade, rejoint son piano pour accompagner Jules Eskin ou Joseph Silverstein. Une Sonate à trois magique, à l’égal d’une transcription du Prélude à l’après midi d’un faune enregistrée sept ans plus tard, dévoile une sublime flûtiste, Doriot Anthony Dwyer : écoutez son Syrinx sans une ombre !

LE DISQUE DU JOUR

Boston Symphony Chamber Players
The Deutsche Grammophon and Philips Recordings

CD 1. American Chamber Music. ℗ 1971 Deutsche Grammophon
Elliott Carter (1908-2012)
Sonata for Flute, Oboe, Cello and Harpsichord
Charles Ives (1874-1954)
Largo for Violin, Clarinet and Piano
Quincy Porter (1897-1966)
Quintet for Oboe and String Quartet

CD 2. ℗ 1970 Deutsche Grammophon
Claude Debussy (1862-1918)
Sonate pour violon et piano, CD 148
Sonate pour violoncelle et piano, CD 144
Sonate pour flûte, alto et harpe, CD 145
Syrinx, CD 137
Joseph Silverstein, violon –
Jules Eskin, violoncelle –
Michael Tilson Thomas, piano –
Doriot Anthony Dwyer, flûte –
Burton Fine, alto –
Ann Hobson, harpe

CD 3. ℗ 1972 Deutsche Grammophon
Antonín Dvořák (1841-1904)
Quintette à cordes No. 2 en sol majeur, Op. 77, B. 49

CD 4. ℗ 1979 Deutsche Grammophon
Arnold Schönberg (1874-1851)
Kammersymphonie No. 1, Op. 9 (version pour 5 instruments : Webern))
Alban Berg (1885-1935)
Kammerkonzert (extrait : II. Adagio ; version pour trio avec clarinette)
Claude Debussy (1862-1918)
Prélude à l’après-midi d’un faune, CD 87 (arrangement pour petit ensemble)

CD 5. ℗ 1980 Deutsche Grammophon
Arnold Schönberg (1874-1851)
Suite, Op. 29
Phantasie pour violon et piano, Op. 47

CD 6. ℗ 1979 Deutsche Grammophon
Johann Strauss II (1825-1899)
Kaiserwalzer, Op. 437 (version pour petit ensemble : Arnold Schönberg)
Rosen aus dem Süden, Op. 388 (version pour petit ensemble : Arnold Schönberg)
Wein, Weib und Gesang, Op. 333 (version pour petit ensemble : Alban Berg)
Schatzwalzer, Op. 418 (version pour petit ensemble : Anton Webern)

CD 7. ℗ 1975 Deutsche Grammophon
Igor Stravinski (1882-1971)
Octuor pour vents, K041
Pastorale, K06 (version pour violon et 4 instruments à vent : Samuel Dushkin)
Ragtime, K030
Septuor, K080
Concertino, K035 (version pour 12 instruments)

CD 8. ℗ 1975 Deutsche Grammophon
Igor Stravinski (1882-1971)
L’Histoire du soldat, K029
Sir John Gielgud (Le narrateur) –
Tom Courtenay (Le soldat) –
Ron Moody (Le diable)

CD 9. ℗ 1994 Philips
Johannes Brahms (1833-1897)
Quintette pour clarinette et cordes en si mineur, Op. 115
Wolfgang Amadeus Mozart (1756-1791)
Quintette pour clarinette et cordes en la majeur, K. 581
Harold Wright , clarinette

Un coffret de 9 CD du label Deutsche Grammophon 4847793 (Collection « Eloquence Australia »)
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Photo à la une : © Deutsche Grammophon