Feux ultimes

Il y a un petit mystère Duphly, qui d’ailleurs pourrait donner matière à une fiction romanesque. À compter de 1783, il disparut, lui si célèbre et fêté, le Journal de la France le cherche, soi-disant au compte de probables héritiers : jamais marié, il léguera ses biens à son fidèle domestique. Cette fin de vie mystérieuse que semble décider la chute de l’Ancien Régime ne peut oblitérer l’importance des quatre Livres de ClavecinDuphly commence chez Couperin pour finir entre Scarlatti et Mozart : écoutez La Sartine.

Tout un monde s’en va, un autre paraît, porté par les grands clavecins à deux claviers qui savent être de petits orchestres, ce dont Olivier Baumont se régale, jouant des palettes versicolores de deux splendides instruments, un rare Johannes Goermans de 1768 remis par John Phillips en 2014, dont la portée de son étonne, et un grand clavecin (pour l’époque, 1707) signé Nicolas Dumont, quasi dans son jus, après avoir passé cent quatre-vingts ans dans un grenier à blé.

Le parcours vers le style galant dévoile un langage harmonique souvent surprenant, aux audaces certaines, c’est de la musique à voir, il ne faut pas hésiter devant le descriptif, les portraits pourraient être de Liotard par leur finesse, leur exactitude, l’ombre de poésie qui pastellise ici ou là, Duphly laisse de côté la suite de danse, un peu esquissée au Premier Livre pour revenir aux croquis, aux dessins des Ordres de Couperin, manière d’affirmer une filiation dont les Livres de Rameau ne l’auront pas détourné. Mais au tendre de Couperin, il substitue le vif, le brio, le piquant, sans ôter ce sensible qu’Oliver Baumont respire avec tant d’art : ce clavecin chante comme chantait celui de Blandine Verlet, jusque dans quelques moments de grand caractère.

Un violon s’invite, celui de Martin Davids, dans certaines des Pièces des Deuxième et Troisième Livres, rappelant l’usage établi par Jean-Joseph Cassanéa de Mondonville, ouverture vers l’esprit de concert, et si vertement enlevées ici.

La somme est merveilleuse, et rend enfin un hommage complet à un compositeur que le disque aura peiné jusqu’ici à illustrer dans sa complétude, on pourra en accompagner l’écoute avec le nouveau roman d’Olivier Baumont, dont la plume alerte et sensible dissimule un autre mystère qui se prénomme Johann Sebastian

LE DISQUE DU JOUR

Jacques Duphly (1715-1789)
Intégrale de l’Œuvre pour clavecin (Livres I à IV)

Olivier Baumont, piano
Martin Davids, violon

Un coffret de 3 CD du label Plectra Music PL.22601 (Collection « Le Clavecin français »)
Acheter l’album sur le site du label Plectra Music ou sur Amazon.fr ― Télécharger ou écouter l’album en haute-définition sur Qobuz.com

Olivier Baumont
D’une partition m’apparaissait
un dessin

Un roman de la maison Bleu nuit éditeur ·
96 pp

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Photo à la une : le claveciniste Olivier Baumont – Photo : © DR