Dans la discothèque de ma grand-mère, un seul Quatuor de Schubert, fatalement La jeune fille et la mort. L’étiquette HMV annonçait le Philharmonia Quartet, aucun lien avec l’orchestre que Walter Legge venait de fonder : un violoniste danois, établi à Londres où il s’était fait un nom en imposant le Concerto de Sibelius puis en défendant les compositeurs britanniques contemporains, avait fondé son quatuor sans l’affubler de son patronyme, au risque de passer inconnu à la postérité. La gravure est magnifique, stylée, émouvante à force d’élégance, aussi indémodable qu’oubliée à l’égal des autres Quatuors signés par cette formation, Schubert, Mozart, que Danacord aurait ici gagné à tirer des limbes, quitte à augmenter l’album d’un disque.
Qui était donc Henry Holst, ce concertiste brillant qui se voulut au disque d’abord chambriste inspiré ? Né au Danemark en 1899, formé sous l’œil attentif d’Emil Telmányi qui championnat ses débuts, choisi par Furtwängler en 1923 pour devenir le premier violon des Berliner Philharmoniker, sa carrière fleurira à Londres durant les années trente, puis reprendra intacte après-guerre, le soliste prenant de plus en plus la place du chambriste, ce qu’illustrent deux captations en concert des Concertos de Vaughan Williams et de Walton, et minore une splendide gravure du Trio en si bémol majeur de Schubert enregistrée pour HMV en 1955 avec les compatriotes Erling Blöndal Bengtsson (violoncelliste génial, cherchez ses Suites de Bach !) et Victor Schiøler.
L’entendre dans ses premiers sillons chambristes et dans la compagnie relevée d’Anthony Pini (le futur violoncelliste de son quatuor) et Eileen Joyce pour le Trio « Tzigane » de Haydn souligne à quel point on le tenait en haute estime à Londres durant la guerre : Solomon le voudra pour sa gravure du Trio « Archiduc ».
L’éditeur ajoute la Légende de Delius avec Gerald Moore, qui permet d’entendre son lyrisme évocateur, deux matrices Ultraphon de son temps de Berlin qui révèlent le jeune virtuose, et surtout deux enregistrements de concertos captés « on the air ». Celui de Walton, dont il créa la version révisée, est simplement superbe, et laisse espérer qu’un jour émerge une captation du Concerto de Sibelius.
LE DISQUE DU JOUR
The Great Forgotten
Danish Violonist
Henry Holst (1899-1991)
CD 1
Ralph Vaughan Williams (1872-1958)
Concerto Accademico (Concerto pour violon et cordes en ré mineur)
BBC Welsh Orchestra –
Mansel Thomas, direction
Frederick Delius (1862-1934)
Légende en mi bémol majeur (version pour violon et piano)
Gerald Moore, piano
William Walton (1902-1983)
Concerto pour violon et orchestre
BBC Northern Orchestra – Sir Charles Groves, direction
Pablo de Sarasate (1844-1908)
Zigeunerweisen, Op. 20
Fritz Kreisler (1875-1962)
Liebeslied (No. 2, extrait des « Alt-Wiener Tanzweisen »)
CD 2
Franz Schubert (1797-1828)
Trio pour violon, violoncelle et piano No. 1 en si bémol majeur, D. 898
Erling Blöndal Bengtsson, violoncelle – Victor Schiøler, piano
Quatuor à cordes No. 14 en ré mineur, D. 810 « La Jeune fille et la mort »
Quatuor Philharmonia : Ernest Element, violon II – Herbert Downes, alto – Anthony Pini, violoncelle
Joseph Haydn (1732-1809)
Trio pour violon, violoncelle et piano No. 39 en sol majeur, Hob. XV:25
Anthony Pini, violoncelle – Eileen Joyce, piano
Henry Holst, violon
Un album de 2 CD du label Danacord DACOCD 1009
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Photo à la une : le violoniste Henry Holst – Photo : © DR