Haydn parisien

Incroyable comme une langue nouvelle vous change une œuvre. Julien Chauvin exhume la partition de la création française de Die Schöpfung donnée le 24 décembre 1800 au Théâtre de la République et des Arts, comme on avait alors renommé l’Opéra de Paris. Il en avait découvert le chant-piano publié par Erard lors d’une vente aux enchères à Drouot à l’hiver 2022.

Joseph-Alexandre de Ségur s’était chargé d’une belle versification de l’original en langue française, Julien Chauvin y remplace les récitatifs de clavier par les cordes, augmentant ainsi la cohérence de l’ouvrage.

Ce qui surprend – en bien je m’empresse de le souligner – est le fait que le français place soudain l’ouvrage dans une veine gluckiste : un opéra et plus un oratorio, le français trop entiché de théâtre lyrique ignorant ce genre, l’Uriel de Stanislas de Barbeyrac, sa franche vocalité augmentant la sensation : cet Uriel est un Pylade !

Si Julie Roset est délicieuse, il lui manque tout de même l’ampleur, paille mineure, l’écouter est un plaisir. Nahuel di Pierro sait être noble et émouvant, mais j’entends d’abord le geste prophétique, l’ardeur poétique avec lesquels Julien Chauvin entraîne le Chœur de chambre de Namur et son Concert de la Loge.

Une version française de Die Jahreszeiten existe-t-elle ?

LE DISQUE DU JOUR

Joseph Haydn (1732-1809)
La Création du monde,
Hob. XXI:2 (version Paris, 1800)

Julie Roset, soprano
(L’Ange Gabriel, Eve)
Stanislas de Barbeyrac,
ténor (L’Ange Uriel)
Nahuel di Pierro,
basse (L’Ange Raphaël, Adam)

Chœur de chambre de Namur
Le Concert de la Loge
Julien Chauvin, direction

Un album de 2 CD du label Alpha Classics 1186
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Photo à la une : le violoniste et chef d’orchestre Julien Chauvin – Photo : © DR