Pieter Wispelwey ouvre le Canto de la Première Suite en plain-chant, se souvenant qu’au violoncelle Britten entendait Dowland, Tobias Hume, William Byrd, Purcell lui-même, et que l’archet de Mstislav Rostropovitch n’y avait qu’effleuré, tout entier attentif aux écritures de surface, à leurs bruissements dramatiques.
Comme le faisait Jordi Savall prenant sa viole, Pieter Wispelwey joue ces trois stèles mystérieuses comme pour lui-même, rendant le micro quasi indiscret. L’intensité de l’archet fuse dans les profondeurs harmoniques de la grande caisse, la pointe en délie les danses qui ne sont pas prises chez Bach ; ces gaillardes, ces loures sont françaises, et même anglaises plus françaises encore, mais la main guide un chant, une ligne, qui parle au long des trois opus.
Britten n’aura pas eu le temps de tendre le miroir complet face aux six Suites de Bach, mais pouvait-il aller plus loin que la fantomatique Passacaille de l’Opus 87, avec son dialogue de plaintes, sa petite musette un peu irlandaise ?
À tout cela, Pieter Wispelwey voulait revenir, un quart de siècle après son premier regard pour Channel Classics (2001) ; on suppose les raisons de ce retour, ce dialogue avec l’au-delà, qui rend l’album si précieux.
LE DISQUE DU JOUR
Benjamin Britten
(1913-1976)
Suite pour violoncelle seul
No. 1, Op. 72
Suite pour violoncelle seul
No. 2, Op. 80
Suite pour violoncelle seul
No. 3, Op. 87
Pieter Wispelwey,
violoncelle
Un album du label Evil Penguin Classic EPRC 0086
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Photo à la une : le violoncelliste Pieter Wispelwey –
Photo : © DR