L’éloquence du grand son, même dans l’intime des Préludes de Scriabine, tire illico l’oreille. Dans son piano sans un marteau, Evgeni Koroliov herborise d’un cahier de Préludes l’autre, traçant son chemin dans la grande sélection de l’Opus 11 qui ouvre l’album : lyrique avant tout, et comme ourlé d’une nuance de désespoir.
La pure beauté du toucher, les polyphonies secrètement caressées – le 15e Prélude est émouvant comme une prière à la Vierge – la palette si subtile et si profonde feront du Prélude pour la main gauche cette confession douloureuse qu’y osait seul Stanislas Neuhaus. Quel dommage !, Evgeni Koroliov laisse le Nocturne de côté. Son rossignol merveilleux aurait dépareillé ce sombre voyage chez Scriabine qui se dissout dans les presque-riens effleurés de l’Opus 57.
Commencée dolce, le motif obsessif de la Sonata Reminiscenza laissera ensuite un barde chanter, piano mystère mi harpe éolienne mi vent dans les forêts de bouleaux, de la poésie pure à laquelle l’Octobre tchaïkovskien fait une apostille si nostalgique. Il devrait poursuive chez Medtner.
Et Prokofiev ? Dans Roméo et Juliette il donne à voir, et à entendre !, les personnages, réglant un ballet miniature que prolongeront les Gavottes retirées d’autre œuvres. Un petit théâtre de marionnettes, réduit à l’intime, déconcertant, mais parfaitement coulé dans cet album nostalgique.
LE DISQUE DU JOUR
Alexandre Scriabine (1872-1915)
24 Préludes, Op. 11 (extraits : Nos. 1-6, 15, 8-10)
4 Préludes, Op. 22 (extraits :
Nos. 1, 2)
Prélude pour la main gauche en ut dièse mineur, Op. 9 No. 1
2 Pièces, Op. 57
Nikolai Medtner (1880-1951)
Sonata Reminiscenza en la mineur, Op. 38 No. 1
Piotr Ilitch Tchaikovski (1840-1893)
Les Saisons, Op. 37a (extrait : No. 10. Octobre. Chant d’automne)
Sergei Prokofiev (1891-1953)
10 Pièces de « Roméo et Juliette », Op. 75 (5 extraits : No. 2. Scène ; No. 4. Juliette jeune fille ; No. 6. Montagus et Capulets ; No. 8. Mercutio ; No. 10. Roméo et Juliette avant la séparation)
4 Pièces, Op. 32 (2 extraits : No. 1. Danse ; No. 3. Gavotte)
Symphonie No. 1 en ré majeur, Op. 25 (extrait : III. Gavotte. Non troppo allegro)
3 Pièces de « Cendrillon », Op. 95 (extrait : No. 2. Gavotte)
Evgeni Koroliov, piano
Un album du label TACET Musikproduktion 264
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Photo à la une : le pianiste Evgeni Koroliov – Photo : © DR
Une réflexion sur « Russie perdue »
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