Mehr Licht

S’il en est un qui sait ce que spiritualité suppose en musique, c’est Raphaël Pichon. Depuis ses premiers pas, au concert puis au disque, il a abreuvé son art au sacré. De Bach à Mozart, il fallait qu’il arrive à ce « regard en arrière » qu’est Ein Deutsches Requiem.

L’onde de contrebasses qui porte Selig sind, die da Leid tragen n’est-elle pas, apaisée, celle qui ouvrait l’entrée de la Saint Jean ? Mais face à la fureur de Bach, le rayonnement de la compassion de Brahms lui inspire une élévation lumineuse, portée par les voix blanches de Pygmalion qui nimberont tout le parcours.

On imagine la grâce d’oiseau séraphique (et un peu blessé puis idéalement consolateur) que Sabine Devieilhe met à son ange, petite-fille d’Elisabeth Grümmer, rien moins, on sait que le verbe de l’Ecclésiaste animera le chant de Stéphane Degout, et l’on n’est pas déçu par cette ligne éloquente à force de sobriété, mais ce que j’entends d’abord c’est le grand geste empreint de compassion, le chant de l’assemblée qui dessine un rite assez loin du temple, un théâtre d’émotion sacrée comme l’était celui des Cantates de Bach, et comme lui un livre de contes autant qu’une liturgie, proposition éclairante, émouvante, qui vous change votre Brahms, vous force par la douceur à l’entendre.

LE DISQUE DU JOUR


Johannes Brahms
(1833-1896)
Ein Deutsches Requiem,
Op. 45

Sabine Devieilhe, soprano
Stéphane Degout, baryton
Pygmalion
Raphaël Pichon, direction

Un album du label harmonia mundi HMM 902772
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Photo à la une : Raphaël Pichon et Sabine Devieilhe – Photo : © Josep Molina/Warner Classics