Ravel imaginé

Qui aura mis autant de nostalgie dans l’énoncé de l’Allegretto de la Sonate en sol de Ravel ? David Guerchovitch lui donne cette couleur de confidence tendre qui en fait une des pages les plus émouvantes de l’auteur de L’Enfant et les sortilèges, son pianiste de frère jouant lui aussi le tendre, puis animant à mesure le rai de soleil qui soudain va embraser le paysage. Mais l’étrange nostalgie reviendra, chantant dans le corps d’un violon assez admirable sa petite phrase assez Fauré, sur les effets un peu gamelan du piano.

Leur Blues sera posé, sans rien de mordant, à contre-courant de tant d’autres, lui aussi empli d’une poésie un peu nonchalante ; même le Perpetuum mobile ignorera l’effet virtuose, préférant déployer une danse sur les pointes, chorégraphie subtile que peu y auront entendue.

La transcription toute simple de Ma mère l’Oye (ballet intégral) pour les deux mains signée par Jacques Charlot se coule sans un faux pli dans le piano versicolore de Slava Guerchovitch, mêlant paysages et contes avec un art certain, ajoutant au piano de Ravel un opus imaginaire qui donne en effet l’illusion d’être de la main du compositeur.

Tzigane referme le disque, David Guerchovitch refusant le jeu d’archet extérieur, colorant la virtuosité de poésie, coda d’un beau disque Ravel passé trop inaperçu.

LE DISQUE DU JOUR

Ravel imaginaire

Maurice Ravel (1875-1937)
Sonate pour violon et piano [No. 2] en sol majeur, M. 77
Ma mère l’Oye, ballet, M. 60 (transcription pour piano seul : Jacques Charlot)
Tzigane, M. 76

David Guerchovitch, violon
Slava Guerchovitch, piano

Un album du label Odradek Records ODRCD464
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Photo à la une : les frères Guerchovitch, David à gauche et Slava à droite – Photo : © Daria Korotkova