Hier Alan Choo et Apollo’s Fire (voir ici) osaient tout un théâtre mystique dans ce Rosaire qui ne fut découvert pleinement qu’au début des années soixante et grâce au disque, Susanne Lautenbacher gravant la première version d’un opus qui aura pris son envol discographique à l’ère de l’interprétation historiquement informée.
Reinhard Goebel, Monica Huggett, John Holloway, Andrew Manze, Gunar Letzbor, Mayumi Hirasaki (voir ici), Hélène Schmitt, Florence Malgoire, Patrick Bismuth, Amandine Beyer (voir ici), Alice Pierrot, Daniel Sepec, Fabien Roussel, Franz Josef Maier, et j’en oublie certainement, ont tous posé leur archet sur ce récit de la Passion où Biber révolutionnait l’art du violon autant que Bach en ses Sonates et Partitas.
Là où Alan Choo proposait une suite quasi visuelle, sans la départir d’une spiritualité exaltée, Leila Schayegh concentre son archet dans un récit intériorisé : ces Sonates de la Passion font rayonner son violon d’un feu sombre dans l’entourage volontairement discret de La Centifolia. Comme ce violon parle, quasi un Evangéliste, au risque de délaisser le brio, l’élan, les visions qu’on y associe depuis la relecture de Reinhard Goebel.
Certains y entendront une ascèse excessive, trop d’église et pas assez de théâtre, et en effet le propos est tout entier mystique, jusque dans la stupéfiante Passacaille finale qui semble ouvrir sur d’autres mondes.
LE DISQUE DU JOUR
Heinrich Ignaz Franz
(von) Biber (1644-1704)
Rosenkranzsonaten
(Sonates du Rosaire),
C. 90-105
Leila Shayegh, violon
La Centifolia
Un album de 2 CD du label Glossa GCD924208
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Photo à la une : la violoniste Leila Shayegh – Photo : © Matthias Müller