Edward Gardner, prenant son magister à Bergen, décida sa conquête du Septentrion : Grieg, Sibelius (j’espère l’intégrale des symphonies), Nielsen enfin. Il aura commencé par le furioso de L’Inextinguible, manière de poser le Danois en parangon de la modernité.
Quelle modernité d’ailleurs ? La sienne, unique : on reconnaît en deux secondes sa signature sonore, aucun écho de ses contemporains nordiques n’y paraît, aucun écho d’ailleurs d’où que ce soit. Ce granit, Edward Gardner et son somptueux orchestre de Bergen taillent dedans avec les ciseaux d’un sculpteur héroïque, faisant jaillir tout ce que cette langue a d’abrupt, de définitif, donnant à la 4e Symphonie son profil d’aigle, mémorable, et rappelant le brasier qu’y enflammait Ole Schmidt.
Son voyage dans les Symphonies se paysage de Concertos. Adam Walker met beaucoup d’angles au Concerto pour flûte, Alessandro Carbonare tente une approche plus lyrique du Concerto pour clarinette, la palme revenant à James Ehnes qui abrase de son archet les fureurs d’une partition qu’Edward Gardner a bien eu raison de placer en regard de L’Inextinguible, ce qui achève de rendre l’album indispensable.
L’érotisme de la Sinfonia espansiva fait écho à celui, plus fantasque de Pan et Syrinx, le duo amoureux de l’Andante pastorale est assez magique. Une lumière subtile débusque les audaces harmoniques d’une partition où Nielsen brûle toutes ses cartouches lyriques, élargissant la focale qu’il avait resserrée jusqu’au drastique dans ses deux premières symphonies, Edward Gardner évitant de s’appesantir.
Sa battue preste accordée à un métronome inflexible enflamme l’orage de caisse claire de la Cinquième Symphonie, et emporte le Finale dans un mouvement irrépressible : quel quatuor ! Le chef anglais se garde de céder au furioso génial d’un Jascha Horenstein, il expose la modernité absolue d’une syntaxe inouïe avec laquelle Carl Nielsen s’amusera ensuite, dans les étrangetés de la Sixième Symphonie. Le prochain volume de ce cycle majeur ?
LE DISQUE DU JOUR
Carl Nielsen (1865-1931)
Pan et Syrinx, Op. 49, FS 87
Concerto pour flute et orchestre, FS 119
Symphonie No. 3, Op. 27,
FS 60 « Sinfonia espansiva »
Adam Walker, flute
Lina Johnson, soprano
Yngve Søberg, baryton
Bergen Philharmonic Orchestra
Edward Gardner, direction
Un album du label Chandos CHSA 5312
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Carl Nielsen
Concerto pour violon et orchestre, Op.33, FS 61
Symphonie No. 4, Op.29,
FS 76 « L’Inextinguible »
James Ehnes, violon
Bergen Philharmonic Orchestra
Edward Gardner, direction
Un album du label Chandos CHSA 5311
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Carl Nielsen
Helios, Op. 17, FS 32
Concerto pour clarinette et orchestre, Op. 57, FS 129
Symphonie No. 5, Op. 50,
FS 97
Alessandro Carbonare, clarinette
Bergen Philharmonic Orchestra
Edward Gardner, direction
Un album du label Chandos CHSA 5314
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Photo à la une : le chef d’orchestre Edward Gardner, en Norvège, en 2022 – Photo : © DR