Les trois âges

Commençant chez Bach, finissant chez Britten, Martin James Bartlett évite soigneusement le romantisme. Quoi que…

Au centre du Finale du 9e Concerto, le rondo qu’il ose détailler avec tant de finesse, pourrait être du Mendelssohn, le ton de confidence un peu nostalgique, l’élégance rêveuse, le côté sourire au bord des larmes, certes, c’est Mozart !, mais vu de ce Romantisme dont sans le savoir il annonce le lyrisme un peu sombre. Merveilleux Jeunehomme, le clou de l’album !

La mesure de son Concerto en ré mineur pourra surprendre, si dénué de sévérité, si naturellement chantant dans les Allegros, et soudain si murmuré, comme empli d’une gravité quasi métaphysique dans l’Adagio. Baroque, ce Bach ? Pas vraiment, mais de toute façon les pistes sont faites pour être brouillées jusque dans la danse solaire où s’ébroue ce Young Apollo, partition trop méconnue d’un Britten ébloui par le fils d’Hermann Scherchen, John Woolford. Britten pudiquement le retira de son catalogue et ne le réentendit jamais après sa création sur les ondes de la Radio canadienne.

James Martin Bartlett savoure ses envols, et dore l’hypnose sensuelle où le temps se suspend quelques secondes. Les Salzbourgeois sont parfaits ici comme ailleurs, Howard Griffiths accordant leurs couleurs et leurs repirations aux trois visions singulières d’un pianiste, qui album après album, ne cesse de surprendre en bien.

LE DISQUE DU JOUR

Johann Sebastian Bach (1685-1750)
Concerto pour piano et orchestre No. 1 en ré mineur, BWV 1052
Wolfgang Amadeus Mozart (1756-1791)
Concerto pour piano et orchestre No. 9 en mi bémol majeur, KV 271 « Jeunehomme »
Benjamin Britten (1913-1976)
Young Apollo, Op. 16

Martin James Bartlett, piano
Mozarteumorchester Salzburg
Howard Griffiths, direction

Un album du label Warner Classics 5021732593443
Acheter l’album sur Amazon.fr ― Télécharger ou écouter l’album en haute-définition sur Qobuz.com

Photo à la une : le pianiste Martin James Bartlett – Photo : © DR