Le San Carlo aura connu des Simon Boccanegra relevés, accueillant entre autres l’Amelia Grimaldi de Leyla Gencer pour remonter à 1958. Elle devait enregistrer la fille chérie pour EMI, Victoria de los Ángeles lui vola la vedette.
Retrouvant le doge génois au XXIe siècle, le théâtre napolitain aura choisi de le confier à Ludovic Tézier, devenu l’un des barytons Verdi de l’heure. L’incarnation est d’une noblesse certaine jusque dans l’émotion, la ligne de chant qui fut si belle, si instrumentale, se plie à l’urgence du mot, masquant une voix moins immobile, peu importe le Doge est là, sa fureur, sa compassion, jusqu’à sa mort façon Gattopardo face à la mer. Un père, un seigneur surtout, qui rappelle l’aristocratie qu’y imposèrent, après Lawrence Tibbett, Eberhard Wächter puis Piero Cappuccilli.
Pour son incarnation majeure, la possession de cet écho de représentations justement fêtées suffirait à s’imposer, mais comment ne pas fondre devant l’Amelia Grimaldi de Marina Rebeka, sa vocalise du grand ensemble qui clôt l’Acte I, comme descendu du ciel, et son air même qui ouvre le même acte, comme doré par les reflets de l’onde marine.
Certains auront cru le chant de Francesco Meli trop déployé, l’aigu parfois lui est délicat, il le force avec un héroïsme que je n’incriminerais pas : qui nous offre aujourd’hui un Gabriele Adorno aussi flamboyant ?
Michele Pertusi pourra décevoir ceux qui ont Ezio Pinza ou Nicolaï Ghiaurov en souvenir, mais si le timbre manque d’abime, l’incarnation reste saisissante, plus que l’orchestre prudent réglé par Michele Spotti, qui n’ouvre vraiment ses ailes que pour la mort du Doge, comme si les leçons de Claudio Abbado étaient restées lettres mortes, ce qui suscite soudain une interrogation : comment Riccardo Muti a-t-il pu rester, du moins au disque, mais je crois aussi à la scène, dans son parcours Verdi, indifférent(?) à Simon Boccanegra ?
LE DISQUE DU JOUR
Giuseppe Verdi (1813-1901)
Simon Boccanegra
Ludovic Tézier, baryton
(Simon Boccanegra)
Marina Rebeka, soprano
(Amelia Grimaldi)
Francesco Meli, ténor
(Gabriele Adorno)
Michele Pertusi, basse
(Jacopo Fiesco)
Mattia Olivieri, baryton (Paolo Albiani)
Andrea Pellegrini, mezzo-soprano (Pietro)
Vasco Maria Vagnoli, ténor (Il Capitano)
Silvia Cialli, mezzo-soprano (Un’ancella)
Orchestra et Coro del Teatro di San Carlo di Napoli
Michele Spotti, direction
Un album de 2 CD du label Prima Classic PRIMA069
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Photo à la une : le baryton Ludovic Tézier – Photo : © Sony Classical