Atys Phénix

Benoît Dratwicki y aura œuvré : rendre à Atys sa parure originelle, dans l’écrin sonore empli de cromornes, de hautbois, de traversos et de flûtes à bec, qui ajoute tant de poésie et de présence et enchanta la cour au château de Saint-Germain-en-Laye.

Tel un phénix, l’œuvre renaît à plein depuis le geste princeps de William Christie, qui continue à serrer de plus près les mots de Quinault. Ce sera le seul bémol ici, surtout pour Atys lui-même, dont le parfait Mathias Vidal rend le portrait un peu trop volontariste ; Guy de Mey reste au fond impérissable face à lui mais aussi face à Bernard Richter ; Reinoud Van Mechelen aura proposé pour Christophe Rousset une alternative heureuse qui mariait justement l’élégie de Guy de Mey avec un caractère plus trempé.

L’avantage décisif vient de la direction qui tend le drame, le magnifie, lui donne une puissance, une continuité, une cohérence, en érigeant au centre de l’édifice une scène du Sommeil où se condense l’essence du drame, alors que William Christie y immergeait son héros dans un autre monde, parenthèse à la fois enchantée et mortifère. Ici tout va à ce Sommeil et tout en découle.

Le geste d’Alexis Kossenko regarde plus le théâtre et même le grand spectacle, quitte à tourner le dos à Cybèle, dont William Christie soignait le culte (et Christophe Rousset le suivant aussi), de tenir pour moins important le côté mystérieux de l’œuvre. Véronique Gens excelle, elle qui faisait une silhouette dans l’Atys princeps de William Christie, pourtant comme contrainte par l’éclat ou le repli, mais comme son « Espoir si cher et si doux » saisit soudain. Pourquoi Jennifer Smith reste-t-elle ma Cybèle ? Son théâtre psychologique n’a pas encore été retrouvé.

Admirable le Célénus de Tassis Christoyannis, superbe la Sangaride de Sandrine Piau, qui serait peut-être la perle absolue parmi la belle troupe ici assemblée, voix quasi trop grande, et aussi de simple incarnation, mais frôlée par l’aile du génie. Toutes les préventions mineures tombent au cours de l’Acte V, où Mathias Vidal apporte cette dimension tragique qui manquait au si touchant Guy de Mey.

Un trio ? William Christie princeps, Christophe Rousset, et cet Atys rendu dans tous les feux de sa première gloire.

LE DISQUE DU JOUR

Jean-Baptiste Lully
(1632-1687)
Atys, LWV 53

Mathias Vidal, ténor (Atys)
Véronique Gens, soprano (Cybèle)
Sandrine Piau, soprano (Sangaride)
Tassis Christoyannis, baryton (Célénus)
Hasnaa Bennani, soprano (Doris)
Éléonore Pancrazi, mezzo-soprano (Melpomène, Mélisse)
Adien Fournaison, baryton-basse (Idas, Phobétor)
David Witzack, baryton (Le Temps, Un Songe funeste, Le fleuve Sangar)
Antonin Rondepierre, ténor (Un zéphir, Morphée, Un Dieu des fleuves)
Virginie Thomas, soprano (Flore, Une Divinité de fontaines)
Marine Lafdal-Franc, mezzo-soprano (Iris, Une Divinité de fontaines)
Reinoud Van Mechelen, ténor (Le Sommeil)
François-Olivier Jean, ténor (Phantase)
Constance Palin, soprano (Une Divinité de fontaines)
Madeleine Prunel, soprano (Une Divinité de fontaines)
Carlos Rafael Porto, ténor (Un Dieu des fleuves)
Marie Baron, soprano (Un petit Dieu de ruisseau)
Henri de Montalembert, page (Un petit Dieu de ruisseau)

Les Pages & les Chantres du Centre de musique baroque
de Versailles

Les Ambassadeurs ~ La Grande Ecurie
Alexis Kossenko, direction

Un coffret de 3 CD du label Alpha Classics 1193
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Photo à la une : © DR