L’orchestre faramineux que Gustav Holst dévoila dans ses Planètes, et qu’on entend à peine dans ses autres magnifiques opus, aura infusé dans toute la musique britannique du XXe siècle et même passé l’Atlantique.
Elle fut décisive pour l’élaboration de la syntaxe et du vocabulaire de Bernard Herrmann qui y mêla une autre influence, celle de Jean Sibelius. Antonio Pappano se garde pourtant de toute pollution cinématographique ; même si le génie de Gustav Holst proclame la musique de l’œil, il préfère la gravure ou la peinture à l’huile aux panoramiques et aux close-ups.
Ses Planètes sont des tableaux, au fini admirable dans la délicatesse (Mercure) comme dans l’épique : Mars rappelle par son intensité la version princeps de Sir Adrian Boult, Uranus devient un numéro de grande illusion bluffant. Le brio de Jupiter ne tonitrue pas, se teinte d’une pincée d’humour où les bois semblent inviter Puck avant le grand thème des cordes qui résonne soudain si Elgar.
Côté éther, l’immobilisme hypnotique de Saturne distille une angoisse rarement entendue en d’autres versions, pendant sinistre du songe érotique de Vénus, et soudain, dans le murmure des voix de Tenebrae Neptune quitte l’illustration pour voguer dans l’espace.
Antonio Pappano aura trouvé un second souffle dans le répertoire de son île natale, à mesure qu’il s’éloigne des scènes lyriques il s’engage plus avant chez Elgar, Vaughan Williams (l’enregistrement des Symphonies est en cours, voir ici), sa somptueuse vision du Tintagel de Sir Arnold Bax ajoutée en apostille à ces superbes Planètes annoncerait-elle d’autres gravures consacrées au compositeur de November Woods ?
LE DISQUE DU JOUR

Gustav Holst (1874-1934)
The Planets
Arnold Bax (1883-1953)
Tintagel
Tenebrae
London Symphony
Orchestra
Antonio Pappano, direction
Un petit livre-disque du label LSO Live 00904
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Photo à la une : le chef d’orchestre Antonio Pappano –
Photo : © Riccardo Musacchio/Warner Classics